Notre monde est détruit.
WWIII, l'ultime guerre, l'a anéanti il y a déjà deux ans.
Obligé de se cacher la première année, aucun survivant ne sait vraiment ce qui s’est produit.
Aujourd'hui, la terre n'est qu'un enfer perpétuel, où chacun tente de tenir un jour de plus.
Au cœur de cette horreur se trouve MadTown, seul vestige de notre civilisation passée.
Dans cette ville, la vie continue son cours, ignorant les affres de cette fin des temps.
Depuis sa découverte, les survivants se pressent aux parois du dôme.
Ceux qui refusent la surveillance permanente s'entassent aux alentours, quand ils ne rejoignent pas les rangs des dissidents.

Combien de temps encore, les immortels tiendront-ils la ville ?
Les nouveautés
► 23/06/2018 : Venez semer la Discord !
► 22/06/2018 : Nouvel event contextuel Freedom
► 10/06/2018 : Bienvenue en Mars 2017 !
(...)
► avril 2014 : Ouverture du forum
Important
Forum R18: contenu mature et violent. Les relations homosexuelles sont les bienvenues. Minimum : 300 mots, 1 RP/mois
Crédit
Le contexte vient du fondateur. Le thème est un généreux don de Myrddin d'Epicode/John d'Insomnia. Quelques codes viennent de Cccrush.
Le staff
Fondateur: Kumio
Dispo • MP •
Modérateur: Abel
Semi-absent • MP •
Modérateur: Valerian
Dispo • MP •
Votez pour

Velvet Strauss

 :: Prélude :: Inventaire :: Fiche :: Ouverte Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Dim 24 Juin 2018, 10:22

   
STRAUSS
VELVET
Métier/études : Chef des Carmillas / Propriétaire du bar le Lupanar
Situation raciale : Saigneur / Confesseur
Classe Social : Dissidente
Situation conjugale : Veuve et heureuse de l’être!

▬ ft. ... de ...

Âge : 456 ans! Mais puisqu’elle possède une EXCELLENTE crème anti-rides, rien n’y paraît!
Nationalité/origines : Hongroise
Carnation : Caucasienne. Velvet possède en fait un teint de porcelaine, presque diaphane. Loin d’elle cette idée grotesque qu’ont certaines personnes de se badigeonner de crème auto-bronzante pour posséder un teint de plage pouvant rivaliser avec les plus belles oranges! Non! Elle aime sa peau naturellement pâle et simplement… parfaite.
Taille : 1 m 65
Corpulence : Svelte, élancée, mais malgré tout, elle possède une poitrine bien présente et des hanches à en faire tomber plus d’un! Enfin, c’est ce dont elle se targue, à tout le moins!
Cheveux : Longs, soyeux, ondulés et d’un blond doré sans le moindre cheveu blanc (il faut bien le préciser). Velvet les garde généralement à la hauteur de ses omoplates, prétextant ouvertement qu’il s’agit là de la longueur idéale : parfaite pour faire des coiffures élaborées sans être encombrant!
Yeux : D’un bleu azuré similaire à la teinte que possédait le ciel… avant que toute cette merde chimique ne vienne empoisonner leur vie. Autour de ses pupilles se trouve un rayon plus foncé, semblable à l’éclat d’un saphir particulièrement brillant.
Signe(s) distinctif(s) : À priori, l’immortelle ne possède rien qui ne la fasse ressortir du lot, outre son épatante beauté. Velvet ne possède ni tatouages, ni piercings outre ceux qui se retrouvent dans ses lobes d’oreilles depuis toujours. Sa peau est parfaitement lisse, sans la moindre cicatrice ou imperfection, ce qui est plutôt étrange vu le danger du monde dans lequel on vit. Oh si, le seul petit accroc à ce portrait parfaitement dessiné est probablement ce simple petit grain de beauté qu’elle arbore sur le côté droit de son cou gracile. Bon... après, il y a bien cette horrible marque de brûlure blanchie trônant sur son poignet droit (résultat d'une réaction allergique plutôt intense), mais Velvet la camoufle en portant de jolis bracelets dorés.
Sexe : Féminin, c’est evident, non?  


    Orientation : Hétérosexuelle à tendance bisexuelle.

    Phobie : Depuis toujours, sa phobie la plus intense est de loin celle de vieillir et, accessoirement, de mourir, rongée par le temps. Toutefois, puisqu’elle est devenue Saigneur alors qu’elle n’était âgée que de 25 ans, cette peur viscérale fut rapidement écartée. Toutefois, persiste cette crainte incommensurable de devenir laide, que ce soit après avoir été défigurée ou par tout autre procédé. Velvet préférait de loin mourir que de se transformer en laideron repoussant! Superficielle? Totalement et elle l’assume!

    Ambitions : Renverser Seth Dagon, ni plus, ni moins. Non seulement Velvet n’en avait plus qu’assez que de servir de « potiche » et de n’être considérée que comme une vulgaire conseillère sans le moindre pouvoir, mais en plus, elle avait le support de plusieurs comparses pour mener campagne contre l’adjoint du maire Mac Culloch de l’époque. Son désir de vengeance s’est vu décuplé lorsque Dagon a envoyé des Cerbères à sa suite afin de s’emparer d’elle. Dans sa fuite, Lady Strauss a dû subir le sacrifice de son précieux garde du corps, Adrian, ce dernier ayant été rapatrié chez BioHazard pour ensuite se retrouver à la solde de son terrible amant. Cette histoire a enfoncé le dernier clou dans la tombe de son ancienne relation avec le grand immortel.

    Capacités et Effets secondaires :

CAPACITÉS :

- Télépathie : Capacité plutôt simple aux premiers abords, la télépathie de Velvet lui sert surtout à communiquer rapidement avec les membres de son gang. Ainsi, elle peut converser avec plusieurs personnes à la fois sans le moindre problème.  

- Vélocité : Depuis qu’elle est devenue Saigneur, Velvet s’est vu dotée d’une rapidité supérieure à la moyenne des gens. Ce talent physique insoupçonné lui a permis de se sortir de mauvais pas à de nombreuses reprises. Ainsi, sa vélocité accrue lui permet de détaler aussi vite que n’importe quel animal quadrupède en fuite. Ses simples mouvements (prenons l’exemple d’une simple gifle) peuvent être affectés par son talent, lui donnant d’incroyables réflexes.

- Charisme : Lorsque Velvet est dans une pièce, toutes les personnes environnantes s’en rendent compte, hommes et femmes confondus. Elle attire les regards et les soupirs d’envie. Báthory est une créature époustouflante et peut charmer à peu près n’importe qui, pour peu que la personne puisse être intéressée (exemple : elle ne pourrait pas faire tomber amoureux d’elle un homme homosexuel, toutefois, elle pourrait paraître plaisante et agréable à ses yeux) et n’entretienne pas de sentiment haineux à son égard. Bref, les gens ont tendance naturellement à l’aimer et à être attirés par elle.

- Régénération : Le pouvoir de régénération de Velvet lui permet de se guérir automatiquement sans qu’elle n’ait à y songer. Ce don fort pratique, acquis depuis qu’elle a obtenue son statut de Confesseur, lui a permis de survivre à des attaques et autres sévices qui, normalement auraient eu raison de sa peau. Il faut toutefois préciser qu'une brûlure découlant de son allergie à l'argent ne pourra pas être affectée par sa régénération et laissera donc immanquablement une cicatrice. Il en va de même pour les blessures découlant d'une exposition un peu trop longue (deux petites minutes suffisent pour laisser d'horribles brûlures!) au soleil ou à des sources lumineuses trop intenses (exemple : des néons d'hôpital directement braqués sur elle).

EFFETS SECONDAIRES :

- Stérélité : Voilà un effet secondaire qui lui est particulièrement douloureux psychologiquement. Strauss est devenue complètement stérile au moment où elle est devenue Saigneur. Elle n’a d’ailleurs même plus de cycle menstruel. Si la plupart des Carmillas se réjouiraient d’une telle condition, Velvet, pour sa part, y a vu une sorte de malédiction. Ayant été le réceptacle de six grossesses par le passé, l’immortelle possède un instinct maternel terriblement développé. Elle a adoré chacune de ses gestations et donnerait n’importe quoi pour tomber enceinte de nouveau.

- Photosensible : Si sa peau diaphane est fort jolie, elle est toutefois peu pratique lorsque vient le temps de s’exposer aux chauds rayons du soleil. En effet, Velvet possède une sensibilité plutôt extrême à l'exposition directe aux lumières vives. Étrange effet secondaire ayant vu jour il n'y a de ça que quelques années, Strauss se voit maintenant dans l'obligation de se méfier non seulement des rayons du terrible astre céleste, mais également des lumières trop vives, comme par exemple les néons utilisés dans les hôpitaux. Oh, elle peut sortir à l'extérieur lors de temps nuageux, mais elle devra bien se couvrir pour éviter que son épiderme délicat ne récolte de vilains coups de soleil. Sinon, les lumières standards ou tamisées ne semblent pas lui causer de problème particulier. Il est à noter que ses yeux sont également sensibles aux affres des lumières particulièrement intenses, la forçant à porter des lunettes fumées pour protéger ses rétines en cas d'exposition. Afin de conserver son élégance légendaire et de lui octroyer une protection supplémentaire, Velvet se balade régulièrement avec une jolie ombrelle recouverte de dentelle noire lors de ses sorties en pleine journée, évitant ainsi une exposition directe avec sa peau.

- Allergie : Allez savoir pourquoi, Velvet a développé, du jour au lendemain, une allergie fort embarrassante pour l’argent (et on parle ici du métal). Ce métal précieux qu’elle adorait tant (pour son apparence éclatante et pure) est devenu rapidement un matériel auquel elle réagit assez brutalement. Ainsi, des cloques d’eau apparaissent sur sa peau lorsqu’elle se retrouve en contact avec un bijou en argent pur. Non seulement cela n’est pas très esthétique, mais en plus, ça lui fait un mal de chien! Ainsi, l’éternelle beauté s’est vue dans l’obligation de se défaire à contrecœur de tous ses beaux bijoux argentés… À l’époque du château Čachtice, elle avait également demandé à ses serviteurs de vendre toute l’argenterie afin de se procures des ustensiles dans un tout autre matériel. À noter que les brûlures découlant d'un contact direct avec se métal ne se régénère pas avec son don de Saigneur. Ainsi, la peau cicatrisera à la vitesse d'un être humain normal... et la marque laissée ne disparaîtra jamais. La preuve apparaît sur son poignet droit, funeste cicatrice laissé par le passage de son bracelet préféré de l'époque...

    Biens : Le bien matériel le plus phénoménal que possède Velvet est sans contredit le Lupanar, bar dans lequel elle s’est énormément investie avec l’aide de ses précieuses Carmillas. Bien qu’elle ne puisse plus revendiquer l’endroit de manière légale, Strauss s’est assurée que Kimiko, l’une de ses précieuses calices, prennent ouvertement la tête dudit bâtiment en son nom. Outre le commerce fleurissant, Velvet possède une garde-robe impressionnante de tenues, de perruques et d’autres accessoires diverses lui permettant de changer d’apparence à sa guise afin d’éviter d’être capturée par les autorités de Mad Town. Un petit revolver de poing se trouve constamment fiché sur une sangle qu’elle garde sur le haut de sa cuisse (sous ses tenues somptueuses) et elle cache également quelques minuscules poignards (pas plus gros qu’un index) dans les replis de ses vêtements.

Puisqu’elle n’a pas pu conserver ses puces PCLK à la suite de son départ de la mairie (particules électroniques qu’elle s’est fait un plaisir d’arracher elle-même, confiant son état de santé soudainement précaire à son talent de régénération), Velvet a donc pu mettre la main sur des puces modifiées par les hommes de Shin lui permettant de revêtir une identité factice et d’évoluer à l’intérieur des limites du dôme sans trop de problème. Ainsi, lorsqu’un Cerbère effectue un contrôle auprès de sa personne, ce n’est plus le nom de Velvet Strauss qui y est affiché, mais celui de Rubis Rosenbaum.

   
" Character is how you treat those who can do nothing for you

Une main de fer dans un joli gant de velours, voilà comment les gens décrivaient Erzébet Báthory du temps de sa vie humaine. Femme d’affaires redoutable et incorruptible, la comtesse du domaine Čachtice ne laissait personne indifférent de par son intelligence, sa finesse et sa culture impressionnante. Grande négociatrice, elle faisait preuve d’une éloquence à la hauteur des riches dignitaires de son époque.

Malgré le temps qui passe et les époques qui se sont enfilées aussi rapidement que le défilé d’une étoile filante intemporelle, Velvet se retrouve à user – dans son univers moderne – de ces mêmes talents ayant contribués à sa réputation de l’époque de son défunt mari. Ainsi, elle dirige ses prostitués avec le même doigté dont elle faisait preuve auprès de ses serviteurs hongrois. Malgré ses airs autoritaires et sa sévérité typique de Confesseur, l’immortelle s’avère être une femme juste qui prône l’égalité de toutes les races au sein du dôme. Ces valeurs insoupçonnées se reflètent bien dans la diversité de son personnel œuvrant autant dans le métro, qu’à l’hôtel, qu’au Lupanar.

Lady Strauss est souvent perçue comme une tigresse sans le moindre remord, toutefois, seuls quelques privilégiés ont eut la chance inouïe de découvrir chez elle une femme capable de douceur et doté d’une grande sensibilité. Maternelle dans l’âme, elle dorlotera quiconque se montera réellement digne de son intérêt. Son cercle de calices compte un total de 5 jeunes femmes magnifiques qu’elle chérie particulièrement et provenant de castes et de nationalités différentes. Seul Adrian était un représentant masculin au sein de ce groupe avantagé. Pour celles qu’elle surnomme ses « beautés », elle peut offrir la lune, leur proposant ce qu’il se fait de mieux sur le marché. Toutefois, porter cet honneur demande de ces jeunes femmes une loyauté à toute épreuve et un don de soi plutôt important. Ainsi, il n’est pas rare que Velvet convoque ses calices au beau milieu de la nuit pour s’abreuver ou pour simplement avoir un peu de compagnie.

D’ailleurs, très peu savent à quel point Strauss peut se sentir seule, même lorsqu’elle se retrouve au beau milieu de la foule de ses employés. Avec elle, tout n’est que façade, n’est qu’apparence soigneusement entretenue. Les gens sur qui elle peut réellement s’appuyer ne se comptent que sur les doigts d’une seule main et encore, certains d’entre eux lui ont été cruellement arrachés au fil du temps. Bien sûr, ses calices lui sont précieux, mais malgré tout, elle ne montre jamais son vrai visage en leur présence. Même si l’éternité possède un lot incroyable d’avantages, il n’empêche pas de se sentir à part des autres. En ce sens, Velvet a parfois cette nette impression de se sentir figée dans le temps alors que les êtres qui lui sont chers, eux, périssent comme des mouches autour d’elle. Cette sensation terrible la pousse à fermer son cœur, protégé sous une tonne de verrous aussi solides que l’acier.

L’élégance et la volupté font également parties des nombreux qualificatifs qu’on pourrait lui donner, puisque Strauss apprécie la beauté et la richesse plus que quiconque sur cette terre. En fait, elle voue une véritable obsession pour la jeunesse et la beauté du corps féminin. Ainsi, elle pourra s’extasier devant la magnificence d’une jeune femme aux traits exotiques et, à l’opposé, repousser complètement la laideur d’un tiers individu.

Il faut garder en tête que, malgré sa méfiance, son sens de la manipulation et sa froideur, Velvet est une femme sensible qui tente – par tous les moyens – de survivre dans un monde voué à disparaître sous les radiations incessantes de la bêtise humaine.



   
Histoire
Une claque fusa avec force suivie de près par le bruit d’un corps qui s’effondre. Des hurlements de colère, une odeur d’alcool horrible, des gémissements à la fois de terreur et de fureur… Elle était allongée au sol, tenant sa mâchoire de sa main droite alors que la délicate peau diaphane rougissait déjà à la suite de l’impact. Sa poitrine, coincée dans un corset naturellement trop serré, s’élevait et s’affaissait au rythme de son souffle saccadé. Sa jolie robe émeraude était froissée sous la masse de son propre corps étendu au sol et son maquillage avait coulé sous le poids de ses larmes mélangeant colère et peur dans un parfait amalgame. Sa longue tignasse soyeuse, d’ordinaire remontée en une élégante coiffure parée de bijoux somptueux, était défaite, coulant sur ses épaules telles une marée d’or fondu étrangement grotesque. Lady Báthory, comtesse hongroise de l’illustre famille Báthory, victime de violence conjugale de la part de son mari, le baron Ferenc Nádasdy... Quelle déchéance! Quel manque flagrant de classe et de galanterie. Mais depuis qu’il avait acquis l’honorable titre de commandant en chef des troupes hongroises dans le cadre de la guerre contre l’Empire Ottoman, Ferenc n’était plus le même. Certes, il avait toujours été un homme dur, courageux, voire même cruel, mais jamais il n’avait levé la main sur elle par le passé. Jamais comme maintenant. La bouteille… cette foutue bouteille était sa première amante, sa meilleure amie, sa conseillère. Certes, Báthory se doutait bien que son époux était assurément marqué par les affres de la guerre, mais de là lui reprocher les erreurs du passé comme il le faisait présentement? Elle en venait à se demander s’il n’était pas devenu complètement fou! Elle avait toujours géré ses affaires d’une main de fer pendant ses absences prolongées, s’était constamment assurée de faire luire le blason de la famille Nádasdy avec dignité et autorité… pourquoi cette soudaine explosion à son égard?

Et voilà qu’il revenait sur le sujet de Bógdan avec une colère toute nouvelle. Par réflexe, la comtesse se protégea la tête de ses bras alors qu’il lui flanquait plusieurs coups de pieds dans les côtes, sur les bras… et partout où il pouvait l’atteindre, quoi! Pas un son ne sortit de la bouche d’Erzébet qui encaissa le tout de façon presque stoïque. Elle était une femme de haute lignée! Elle était forte, orgueilleuse, puissante! Il était hors de question qu’elle offre ne serait-ce qu’un soupçon de plaisir à Nádasdy alors que ce dernier se défoulait sur elle comme si elle n’était rien d’autre qu’une vulgaire roturière. Comme elle le détestait, présentement! Ses pensées voguèrent vers la pièce d’à côté, là où se trouvaient ses enfants, ses très chers petits. Ces derniers ne devaient pas comprendre ce qui se passait, étant trop jeunes pour ne serait-ce saisir qu’une infime partie de toute l’étendue de la situation. Ses trois enfants – Anna, Katarina et son fils, Pál – étaient ce qu’elle avait de plus précieux au monde. Surtout le petit dernier, qui n’était encore qu’un poupon et qui était une sorte de baume sur son cœur après la perte des jumeaux, Orsolya et Andrei, décédé de maladie. Elle voulait être forte pour eux, pour les protéger de ce père violent qui passait parfois sa colère sur les deux plus vieilles. Les coups continuaient, sourds fracassements qui, automatiquement, déclenchèrent les pleurs des enfants qui entendaient tout, depuis l’autre pièce.

L’esprit de la comtesse vagabonda à nouveau, se dirigeant vers Bógdan qui avait été énoncé par le baron, quelques instants plus tôt. Son doux et magnifique Bógdan… comme il lui manquait! Son premier amour de jeunesse, celui qui l’avait déflorée alors qu’elle n’était âgée que de 14 ans. Il n’était rien d’autre qu’un paysan, un simple roturier… Il n’avait aucune chance de pouvoir demander la main d’une fille comme Erzébet… Mais comme elle l’avait aimé! Encore aujourd’hui, elle se demandait ce qu’aurait été sa vie si elle avait décidé de fuguer avec Bógdan lorsque ce dernier le lui avait demandé. Bon sang, elle lui avait même donné une fille! Enfin… sa petite comtesse était morte née… mais elle l’avait malgré tout aimé depuis le premier instant où elle l’avait senti dans son ventre. Après que la famille Nádasdy ait découvert leur liaison (après tout, elle était fiancée à Ferenc depuis l’âge de 11 ans), Bógdan s’était vu dans l’obligation de tout laisser derrière et de fuir, par peur des représailles.

Une poigne solide s’empara de sa longue chevelure blonde, lui soutirant une grimace de douleur. Avec violence, Ferenc la força à se lever et la comtesse obtempéra, souffrante et titubante. Il cracha ses paroles avec véhémence à quelques centimètres de son beau visage, postillonnant allègrement et la laissant humer avec dédain son haleine de fond de tonne. Il la tira ensuite vers le mur situé à leur droite et plaqua sa tête contre la paroi de bois. Il lui somma, de son ton hargneux, de se ne pas esquisser le moindre mouvement autrement, il recouvrirait le tapis de son sang avant de s’en prendre à sa propre progéniture. Les dents serrées, Báthory ne bougea pas d’un iota, sentant son imbécile d’époux relever frénétiquement les nombreux jupons qui ornaient son corps gracile.

Au bout de longues minutes qui lui parurent interminables, Ferenc se raidit enfin, puis se recula sans la moindre considération pour elle. Un air béat au visage, il rangea son arsenal et laissa échapper un immonde rot, témoignant bien de l’état avancé de son ivresse. Secouée par des hoquets de sanglots, Erzébet  laissa retomber le morceau de vêtement, puis serra le poing. La patience était une vertu et elle devait en faire preuve. Il la congédia sans davantage de cérémonie et elle s’éloigna, sans piper le moindre mot. Elle sortit de la pièce, referma la porte derrière elle et passa devant les servantes, la tête haute malgré son accoutrement délabré.

- Qu’on m’envoie mes enfants dans une quinzaine de minutes, à ma chambre, dit-elle d’un ton sec en jetant un regard en coin à la jeune femme qui était visiblement malaisée de voir sa maîtresse dans un tel état lamentable. Par la suite, je veux qu’on me coule un bain, j’ai besoin de me détendre. Allez, oust!

D’un mouvement vif de la main, elle congédia la jeune femme qui déguerpit en quatrième vitesse. Erzébet déambula dans le couloir sombre du château de Čachtice, l’endroit étant éclairé uniquement par des chandelles. Elle s’arrêta devant la grande porte qui menait à ses appartements et s’y engouffra. Un feu brûlait dans l’âtre, crépitant et répandant sa chaleur bienfaisante dans la pièce. Elle craqua à ce moment, le dos appuyé contre sa porte fermée. Elle était secouée de sanglots incontrôlables et se laissa glisser lentement vers le sol, les bras serrés contre sa poitrine où des ecchymoses commençaient déjà à paraître. C’était l’unique moment de faiblesse qu’elle s’autorisa, loin du regard inquisiteur des gens, loin du jugement de la cour. Elle attrapa une carafe de vin qui avait été déposée sur son bureau à son intention, puis la fracassa contre le mur en poussant un hurlement de haine. Qu’ils aillent au diable!! Lui et toute sa lignée!! Elle les maudissait, tous autant qu’ils étaient!!!

************

- Lady Báthory? Pardonnez mon intrusion dans votre salon en pleine heure de thé, mais deux hommes désirent s’entretenir avec vous. Enfin… ils sembleraient qu’ils souhaitaient faire la rencontre de Monsieur le Baron, mais en son absence… Fit une servante avec un regard en direction de sa maîtresse qui portait lentement sa tasse à sa bouche.

Assise bien droite sur son fauteuil, ses jambes jointes l’une à l’autre, Erzébet ne porta pas tout de suite attention à la jeune femme qui se dandinait maladroitement d’une jambe à l’autre. Le salon privé où elle se trouvait était d’une somptuosité à couper le souffle et témoignait bien, à lui seul, de toute la fortune dont disposait la famille du Baron Nádasdy .Relevant son regard d’un bleu étincelant sur la servante, la comtesse sembla réfléchir sur le sujet. Désirait-elle réellement qu’on importune l’un des seuls moments de quiétude dont elle disposait au profit d’hommes ayant fait irruption chez elle sans invitation? L’envie de les renvoyer d’où ils venaient sans préavis se fit ressentir, mais Báthory n’en fit rien. Elle poussa un soupir, puis effectua un très bref hochement de tête, signifiant ainsi à sa servante qu’elle pouvait quérir les invités. Lentement, elle releva sa tasse et trempa ses lèvres vermeilles dans le liquide chaud et bienfaiteur. Sa robe marine et chatoyante mettait parfaitement en valeur son teint légèrement rosé. Un collier serti de saphirs reposait sur sa gorge dénudée et ses longs cheveux dorés étaient remontés en un chignon complexe aux allures romanesques. Elle pouvait remercier sa suivante personnelle d’avoir pris le temps de concocter une coiffe digne de ce nom, puisqu’elle n’avait, originellement, aucunement prévu recevoir quelconque visiteur. Après tout, les apparences étaient hautement importantes dans ce monde où forniquaient la superficialité et l’étiquette démesurée.

Les secondes s’écoulèrent et enfin, la porte de bois finement travaillé s’ouvrit sur la servante qui s’inclina devant sa maîtresse.

- Ma Dame, voici les gentilshommes Seth Dagon et Thomas Brandt.

La roturière s’inclina de nouveau bien bas, puis se retira, laissant la comtesse seule avec les deux nouveaux venus. Sans la moindre hésitation, la jeune femme déposa sa tasse, se leva, puis s’avança vers les deux hommes avant de tendre la main en leur direction afin qu’ils puissent y apposer un baiser galant, à tour de rôle.

- Messieurs, bienvenue dans la demeure du Baron Ferenc Nádasdy, commandant en chef des troupes hongroises. Vous me voyez désolée de vous apprendre qu’il ne pourra vous fournir d’entretien, étant hélas aux prises avec la guerre contre l’Empire Ottoman. Toutefois, sachez que moi, Lady Erzébet Báthory et épouse de Monsieur le Baron, suis responsable de ses affaires pendant son absence. Alors, si vous le permettez, peut-être pourrais-je m’entretenir avec vous à sa place?

D’un bref mouvement de main, la comtesse indiqua deux sièges aux hommes et retourna s’installer sur son fauteuil. Une fois bien assise, elle tendit la main et agrippa une petite clochette qu’elle secoua vigoureusement pour appeler une servante. Dès que l’une d’entre elles se pointa, elle lui demanda d’emmener de quoi se sustenter ainsi que d’autres tasses de thé pour ses invités. La roturière courba l’échine, puis s’éclipsa. Un air digne au visage, Báthory ramena son attention sur les deux hommes et s’enquit du but de leur visite. Les trois individus discutèrent un long moment, les deux gentilshommes l’interrogeant à propos de son mari, de ses activités au sein de l’armée hongroise ainsi que de la gérance du somptueux domaine du château Čachtice. Erzébet fit preuve d’éloquence et sembla impressionner ses deux interlocuteurs lorsqu’ils comprirent à quel point elle dirigeait l’endroit avec brio et fermeté en l’absence de son époux. Si au départ leur intérêt était clairement dirigé en direction de Ferenc, quelle ne fut pas sa surprise de voir qu’ils l’interrogeaient maintenant sur des sujets tout autres, concernant davantage son savoir… Báthory était une femme brillante, vive d’esprit et possédant beaucoup de culture. Elle maîtrisait plusieurs langues à l’écrit et on disait d’elle qu’elle était une érudite.

Pendant un bref instant, elle dévisagea ses interlocuteurs, se demandant clairement où cet entretien un peu étrange allait la mener. Où voulaient-ils en venir? Quel était le véritable but de leur visite? Les deux hommes se regardèrent un instant, un air entendu au visage, puis allèrent finalement droit au but. On lui parla d’une sorte d’élixir – réservé à la haute caste de la société, de ce qu’elle avait compris – capable d’offrir la beauté et la jeunesse éternelle à qui acceptait de le consommer. Une lueur étrange brilla dans le fond des prunelles d’Erzébet qui se sentit immédiatement interpellée. Comment avaient-ils su? Comment avaient-ils compris qu’elle était littéralement obsédée par le temps qui passait et par les ravages qu’il pouvait faire sur son corps gracile? Déjà, son abdomen possédait les marques des nombreux enfantements dont elle avait été le réceptacle et cela la rendait malade d’angoisse… Alors s’imaginer découvrir une ride de vieillesse sur son visage presque parfait la rendait tout simplement folle! Comme elle enviait ses servantes jeunes et sublimes qui l’entouraient! Comme elle ne pouvait s’empêcher d’admirer ses dames de compagnie dont le visage arborait encore les traits juvéniles de la fin de l’adolescence! Oh, ce n’était pas qu’elle était très vieille, elle n’était âgée que d’à peine 25 ans… mais déjà, elle se voyait avec un pied dans la tombe! Bien sûr, l’élixir comportait des risques : plusieurs avaient tenté leur chance avant elle et la plupart avaient péri dans d’atroces souffrances. Thomas Brandt, qui se tenait devant elle, était l’un des rares à avoir passé au travers cette terrible métamorphose.

D’instinct, la comtesse tourna son regard céruléen en direction de Seth Dagon. Et lui? Était-il un immortel également? Avait-il consommé cet élixir si extraordinaire? Si tel était le cas, il avait survécu, non? Il plongea son regard d’un bleu extraordinaire dans les siens, comme s’il tentait de sonder son âme, et ce n’est qu’à ce moment que Báthory réalisa toute l’étendue de son charisme. Il était beau, très beau. Ses cheveux d’un noir d’ébène bien coiffés faisaient ressortir l’éclat de ses prunelles et sa peau pâle, très légèrement dorée, trahissait des origines ne provenant visiblement pas de cette partie du monde. Une drôle d’aura se dégageait de lui, c’était… renversant. Qui était réellement Seth Dagon? Erzébet était sans mot. Monsieur Dagon lui demanda alors quelle était sa décision finale. Que… quoi? Oh! Concernant l’élixir de Jouvence? Heu… elle devait prendre le temps d’y réfléchir. Après tout, si les enjeux étaient terriblement alléchants, les risques, eux, étaient bien là. Sa requête semblait légitime. On lui donna deux semaines, après quoi, si elle acceptait, elle devait les retrouver dans un hôtel de Budapest où ils logeraient pendant un temps. Si elle ne se présentait pas, alors l’offre ne tiendrait plus et devrait se plier aux affres du temps jusqu’à sa mort. Un peu ébranlée de par ce qu’elle venait d’apprendre Erzébet hocha de la tête, puis se leva en même temps que ses invités, qui, visiblement, désiraient prendre congé. Une main sur son ventre enserré par un corset (comme si elle croyait avoir un malaise), la jeune femme s’avança vers les deux hommes et on lui baisa la main en guise d’au revoir.

Elle ne pouvait détacher son regard des yeux étincelants de Monsieur Dagon, comme hypnotisée par leur couleur surréaliste. Lui et Thomas Brandt finirent par tourner les talons, et quittèrent le salon privé, prenant soin de refermer la porte derrière eux. Lady Báthory resta debout un instant, comme figée dans l’espace qui l’entourait. Toutefois, son cerveau, lui, fonctionnait à 100 miles à l’heure. Bon sang! La jeunesse éternelle! L’immortalité! Était-ce réellement possible? Retrouvant enfin l’usage de ses muscles, elle revint s’asseoir sur son fauteuil, lentement, et porta sa tasse de thé à ses lèvres. Elle ne réalisa qu’à cet instant que ses mains tremblaient, passant près de renverser le liquide, maintenant refroidi, un peu partout sur sa robe. Mentalement, elle fit un calcul rapide. Deux semaines… Son mari ne serait pas revenu de guerre encore, puisqu’il était parti il n’y avait de cela que quelques jours. Elle avait le temps de se rendre à Budapest, consommer cet élixir, puis revenir au château de Čachtice avant le retour du Baron Nádasdy des conflits contre l’Empire Ottoman. Bon… certes, il y avait ces risques dont on lui avait parlé, mais elle n’était pas n’importe qui! Elle était Lady Erzébet Báthory! Elle ne pouvait certainement pas mourir, comme ça, simplement à cause d’un pseudo élixir de Jouvence! Arrogance? Orgueil? Vanité? Probablement toutes ces réponses. Le fait est que, déjà, sa décision était prise!

Les jours filèrent à une vitesse considérable. Rapidement, Erzébet dut se préparer pour son voyage vers Budapest qui lui prendrait plusieurs jours. Elle fit préparer une carriole pour ses déplacements. Ainsi, elle serait accompagnée de trois de ses dames de compagnie et d’un garde à la solde de la famille Nádasdy qu’elle appréciait tout particulièrement pour sa loyauté. Un cocher s’occuperait de diriger l’attelage le temps du voyagement. Le départ fut sonné une semaine jour pour jour avant la date butoir. Le majordome de la famille s’occuperait de tenir les affaires du château et la gouvernante veillerait sur les petits. Le chemin dura de longues journées et, malgré elle, Ezrébet ressentit une drôle d’excitation à l’idée d’accueillir cet élixir de Jouvence! Toutes crèveraient d’envie devant sa magnificence éternelle et elle n’aurait plus rien à envier aux autres damoiselles qui l’entourait! Et la tête que tirerait son détestable mari lorsqu’il réaliserait qu’il vieillissait à vue d’œil, alors qu’elle serait indéfiniment dans ses belles années! Sa bonne humeur était presque palpable, rendant le voyage beaucoup plus agréable pour son entourage.

La procession de Báthory arriva à destination avec un jour d’avance sur l’immense territoire de Budapest. Malgré sa venue hâtive, il sembla que les deux hommes l’attendaient, visiblement convaincus qu’elle ne pourrait résister à leur offre. Était-elle si prévisible que ça? Elle ne savait pas si elle devait être ravie ou courroucée de cette constatation… M’enfin. Après une discussion détaillée concernant les enjeux de ce fameux élixir, Erzébet fut invitée à les accompagner à une résidence isolée, située aux limites de la ville. Elle devait s’y rendre seule, ses suivants n’étant pas tolérés à assister à la difficile scène qui se déroulerait assurément sous leurs yeux. Si ces derniers s’opposèrent avec force à cette idée, Báthory, pour sa part, n’eut aucune hésitation. Elle les somma donc de rester à l’hôtel, prétextant qu’elle allait se débrouiller seule. Ainsi, sans le moindre regard supplémentaire pour eux, la comtesse s’engagea dans une voie qui, assurément, la changerait à jamais…

************

La résidence était vide de toute présence humaine. Malgré la beauté modeste des lieux, il sembla à la comtesse qu’une ambiance étrange, voire même lugubre, y régnait. Comme n’importe quelle femme normalement constituée, un frisson lui parcourut l’échine et elle se questionna sérieusement sur les motifs qui la poussaient à agir de la sorte. Sa conscience lui dictait de tourner les talons et de retourner à l’hôtel, de ne pas poursuivre ses desseins comme elle l’entendait faire. Peut-être était-ce une mauvaise idée, après tout? Non… Non, elle n’allait pas reculer! Elle y était presque! À elle la jeunesse éternelle! À elle la beauté sans limites! Elle prit une grande inspiration, puis suivit les eux hommes jusque dans une grande pièce à l’étage où trônait du mobilier simple composé d’un lit, d’une vanité, d’une commode et d’une chaise. On l’informa qu’elle allait devoir passer la nuit dans cet endroit, le temps de s’assurer que son corps acceptait bien l’administration de l’élixir de Jouvence.

Seth Dagon agrippa la chaise et la tira au centre de la pièce. Il demanda à Erzébet de s’y asseoir, ordre à laquelle elle accepta d’obéir sans la moindre hésitation. Leur regard se rencontra et la comtesse eut encore cette sensation que son monde basculait autour d’elle. Le charisme de cet homme était franchement foudroyant! Comment pouvait-on résister à ce regard si perçant? Ils discutèrent, un petit moment, puis une fiole lui fut présentée. C’était donc ça, ce fameux élixir de Jouvence? Un air fasciné au visage, Erzébet tendit la main et toucha le contenant du bout des doigts. Elle tenait l’immortalité à bouts de bras! Comment pouvait-elle reculer maintenant? Une lueur de convoitise et de tentation brillait dans ses prunelles céruléennes. Bientôt… Bientôt elle serait éternelle!

Sous l’œil attentif de ses deux hôtes, la jeune femme retira le bouchon de liège de la fiole, puis esquissa un sourire. Elle porta le goulot à ses lèvres parfaitement teintées d’une couleur vermeille, puis avala le contenu. Elle rendit ensuite le contenant fragile à Thomas Brandt, puis se figea un instant, s’attendant à ressentir un effet immédiat… mais rien ne se produisit. C’était tout? Elle était immortelle, là? Pourtant… elle ne se sentait pas si différente… Elle esquissa un sourire, puis se leva, regardant ses mains, comme si elle s’attendait à voir un changement flagrant. Thomas Brandt et Seth Dagon, eux, restèrent debout, stoïques, et la fixèrent simplement, s’attendant visiblement à ce qu’une réaction quelconque se produise chez elle. Et bien? Ils s’étaient joués d’elle ou quoi?

C’est exactement à ce moment précis que l’élixir fit son œuvre…

Une chaleur commença à irradier depuis son estomac. D’abord douce, puis de plus en plus intense. Une fine pellicule de sueur recouvrit rapidement le corps entier de la comtesse qui se mit à vaciller bien malgré elle. Oh… Mais que se passait-il?! Elle ne se sentait plus très bien, tout à coup. Titubant vers l’arrière, elle s’écroula rapidement au sol, puis se tortilla de façon grotesque sous les regards inquisiteurs des hommes présents. Si d’abord elle avait ressenti une simple chaleur grandissante, maintenant, elle avait l’impression que du charbon ardent s’écoulait dans ses veines! C’était si douloureux!! Elle entendait des sons étranges, sentait des odeurs qu’elle n’avait jamais perçues par le passé! Sa tête allait éclater!! Oh non!! Allait-elle mourir?!! Était-ce possible?!! Mais elle était beaucoup trop jeune!! Son cœur se débattait à un rythme effréné et ses muscles se crispèrent si douloureusement qu’elle eut l’impression que ses os allaient se rompre. Sa peau était à vif et elle avait l’impression de délirer. Elle… elle ne voyait plus rien, malgré le fait que ses yeux étaient grands ouverts. Un hurlement strident se fit entendre, chargé de terreur de douleur. Erzébet prit un moment pour comprendre que c’était sa propre voix qui résonnait jusqu’à ses oreilles. Pourquoi?!! Pourquoi avait-elle laissé sa vanité guider son jugement?! Quelle idiote elle avait été! Elle allait mourir bêtement, dans une maison isolée avec des hommes qu’elle ne connaissait pas. Ses petits… ses tendres petits! Qu’allait-il advenir d’eux, sans leur mère pour les protéger de leur terrible père?! Oh bon sang!! Voilà qu’elle avait l’impression d’étouffer! Son souffle était rauque et elle courba l’échine sans vraiment en avoir conscience. Ses poumons…! Ses poumons, ils allaient éclater!

Elle hurla et hurla, malgré sa sensation de suffocation. Brandt et Dagon restèrent un moment, pour assister à la scène, puis quittèrent, considérant que – dépassé un certain stade – la jeune femme allait survivre au terrible élixir. Elle était donc laissée à elle-même, maintenant recroquevillée en position fœtale, sur le sol de la pièce. Son corps n’était rien d’autre qu’une immense plaie ouverte, brûlante et lancinante. Elle pleura. Beaucoup. Elle n’avait jamais été une femme réellement pieuse, mais ce soir-là, elle pria pour son propre salut et sa propre bêtise humaine…

« Notre Père qui est aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne… »

************

Combien de temps s’était-il écoulé? Une heure assurément avant que la douleur ne commence à s’estomper. Les hurlements avaient cessé. La pièce resta silencieusement un moment, puis un rire se fit entendre, d’abord faible, puis gagnant en intensité. Erzébet était recroquevillée sur elle-même dans un coin de la pièce. Sa jolie robe couleur améthyste était en lambeaux, déchirée pendant sa crise de folie et de douleur. Sa chevelure, auparavant soigneusement coiffée, était complètement défaite et son maquillage avait coulé sur son visage. Malgré son apparence pitoyable, elle souriait. Une lueur étrange trônait dans ses prunelles bleutées : un mélange de satisfaction et de folie. Elle venait de vaincre la mort, ni plus, ni moins! Elle était à présent une immortelle et le monde était à ses pieds! La porte de la chambre s’ouvrit et les deux hommes firent irruption, visiblement satisfaits de voir qu’elle était toujours vivante. On l’appela par son prénom et elle se leva, lentement.

- J’ai soif… Fit-elle, l’ombre de folie ne quittant pas ses traits maintenant déformés par une psychose évidente.

La comtesse sanglante venait de voir le jour, sous les yeux ravis de Seth Dagon et Thomas Brandt. Le rire déjanté de la jeune femme résonna à nouveau, alors qu’elle effectuait un pas, un simple petit pas, vers l’avant. Lentement, elle pencha la tête sur le côté, laissant pendre devant ses beaux yeux perçants quelques mèches blondes, rebelles et éméchées. Elle semblait les évaluer tous les deux, se demandant visiblement quelle était cette étrange perception qu’elle ressentait jusqu’à la moelle de ses os. Les battements de leur cœur résonnaient jusque dans son âme, ultime appel à la tentation et au crime. Un autre petit pas. Son sourire était à la fois coquin et carnassier. Cette soif! Si intense, si lancinante, si criante! Elle pouvait déjà les imaginer, tous les deux, la gorge ouverte et se vidant lentement de leur essence vitale. Comme cette simple vision était attirante! Elle s’en léchait déjà les babines. Elle glissa un nouveau pied devant l’autre et, pourtant, ses deux interlocuteurs ne semblaient pas vouloir démordre de leur expression ravie. Sans un mot, sans un son, Thomas Brandt se retourna et sortit, laissant Seth seul avec la comtesse qui esquissa cette fois un sourire satisfait. Oh… Quel gentilhomme de vouloir ainsi lui tenir compagnie à elle, pauvre petite femme désorientée! Après tout, elle avait besoin d’un guide dans ce monde d’éternité. Monsieur Dagon ne semblait pas le moins impressionné du monde! Il se contentait de la fixer, de ses magnifiques yeux scintillants qui avaient cette façon bien à eux de la renverser jusqu’au plus profond de son âme… enfin, si âme elle possédait toujours. Báthory avait l’impression qu’au moment où ses lèvres avaient touché le liquide de vie éternelle, elle avait accompli malgré elle un pacte avec le diable. C’était ça, l’ultime prix de la vanité et de l’orgueil.

- Alors… qu’elle est la suite, Monsieur Dagon? Minauda-t-elle non sans glousser, penchant toujours un peu la tête sur le côté, une expression méconnaissable au visage.

La voix suave du gentilhomme lui révéla, non sans une pointe d’amusement, qu’il fallait maintenant procéder au rituel du sang dans les plus brefs délais. Oh? Et en quoi consistait cette procédure hautement et étrangement alléchante? Les yeux d’Erzébet étaient rivés sur son interlocuteur, captivée par son apparence sûre et l’aura particulièrement envoûtante qui émanait de lui, telle une force de la nature. Elle approcha d’un autre pas, lent et calculateur, alors que la peau délicate de son pied nu foulait la pierre froide qui s’étalait sous eux. Encore quelques mètres et elle pourrait presque le toucher. D’où elle était, elle pouvait sentir le sang couler dans sa carotide et les battements du cœur de son interlocuteur l’appelaient tel le chant d’une envoûtante sirène tout droit sortie d’une épopée scandinave. Elle avait cette envie irrésistible de humer sa peau et de mordre la chair tendre et si attirante de sa gorge. D’où lui venaient ces nouvelles pulsions infernales? Pourquoi se sentait-elle si obsédée par la beauté vermeille du flux sanguin?

Erzébet ouvrit la bouche, décidée d’interroger son « créateur » pendant un bref fragment de lucidité quand la porte de bois s’ouvrit dans un grincement évocateur. D’instinct, elle tourna les yeux en direction de l’entrebâillement et ne put s’empêcher de déglutir en voyant Monsieur Brandt pousser un homme complètement ligoté et bâillonné aux pieds de Lady Báthory. Le visage du prisonnier affichait une délicieuse expression de terreur et il ne put s’empêcher de geindre alors qu’il comprenait que quelque chose ne tournait par rond avec cette femme en drôles de loques luxueuses qui le dévisageait sans la moindre retenue. Interloquée, la comtesse regarda les deux hommes à tour de rôle, puis, sans même qu’ils n’aient besoin de lui expliquer quoi que ce soit, elle comprit quel était son rôle dans cette mascarade particulière.

La distance qui la séparait de cette offrande déjantée fut parcourut en quelques pas rapides. Báthory se laissa tomber à genoux au sol, puis glissa ses deux à la peau diaphane de chaque côté de la tête du pauvre homme qui pleurait maintenant à chaudes larmes. Une expression de compassion se glissa sur ses traits parfaits et barbouillés des vestiges de son maquillage auparavant finement travaillé. Doucement, elle rapprocha la tête du pauvre prisonnier, l’apposant contre son cœur alors que son menton se posait sur le dessus de son crâne dégarni.

- Chuuuut… souffla-t-elle, caressant le côté de la tête du pauvre homme avec sa main gracile. Vous n’avez rien à craindre. La peur est un poison auquel il ne faut pas succomber.

Ses doigts glissèrent sur la mâchoire de son captif, puis firent leur chemin le long de sa gorge. Sous la palpation subtile de son toucher, Erzébet pouvait sentir l’appel envoûtant du sang qui ne demandait qu’à être consommé. Était-ce sa nouvelle condition qui lui conférait des sens aussi aiguisés? Elle ne pouvait le dire. Si ses perceptions s’étaient peut-être vues affûter par la bénédiction de l’élixir de Jouvence, sa moralité, elle, fut durement atteinte.  L’odeur ferreuse monta aux narines de la comtesse qui n’en pouvait plus! Sans plus de délicatesse, elle saisit la maigre chevelure de son captif et la tira vers l’arrière, donnant ainsi un meilleur accès à sa chair à vif.

Une satisfaction jusque là insoupçonnée s’immisça dans son être, tel un plaisir insidieux qui la forcerait, tôt ou tard, à en vouloir toujours plus. C’était si bon! Si revigorant! Comme une extase improbable qui la prenait d’assaut par surprise. Le sang s’écoulant de la plaie béante se répandait partout sur ses mains, sur sa poitrine et sur sa tenue en loques. Le prisonnier ne bougeait plus depuis un moment et Erzébet ne remarqua pas immédiatement que son corps se refroidissait déjà, lentement, subtilement. Dès que sa besogne fut terminée, elle releva la tête vers le plafond, les yeux fermés et expirant lentement, comme si elle venait de vivre l’expérience la plus inoubliable de toute sa vie. Ses paupières surmontées de longs cils papillonnèrent un instant, puis ses prunelles céruléennes se glissèrent sur Seth et Thomas qui admiraient le spectacle. Elle laissa tomber le corps de sa première victime, puis se releva lentement, glissant son index sur sa lèvre inférieure dans un mouvement suave. Son doigt descendit ensuite le long de son menton, puis créa un sillon dans la coulisse d’hémoglobine qui longeait la peau fine de sa gorge. Sa bouche s’étira dans un sourire entendu et intéressé.

- Donnez m’en plus, souffla-t-elle, son appétit vorace étant maintenant stimulé au maximum.

************

Des murmures circulaient dans les couloirs du château Čachtice, sombres, terribles. Les rumeurs parcouraient la population du domaine comme une traînée de poudre. Personne n’avait de preuve tangible, pourtant, les gens parlaient. La comtesse n’était plus la même depuis son retour de Budapest. Certains disaient qu’elle avait rencontré le diable en personne, d’autres déclaraient qu’elle avait rejoint une horrible secte. Le fait est que les gens disparaissaient et que certains serviteurs prétendaient avoir entendu des hurlements depuis les sous-sols de l’immense demeure. Des jeunes femmes étaient régulièrement attirées dans le richissime domaine dans le but unique de trouver de l’emploi suffisamment payant pour faire vivre leurs familles et plusieurs d’entre elles n’en ressortaient jamais. Pourtant, malgré l’horreur et l’effroi, Lady Báthory n’avait jamais été aussi belle et aussi attirante. Que s’était-il donc passé dans la capitale hongroise? Selon les ragots, elle possédait également des complices de sa folie : ses dames de compagnie et le soldat qui les avaient accompagnés lors de sa rencontre avec Satan. Ces derniers en étaient également sortis changer, comme si le charme indéniable de leur maîtresse avait eu raison de leur santé mentale.

Le sous-sol était un endroit particulièrement redouté. Les serviteurs qui n’y étaient pas invités n’avaient aucun droit d’y mettre les pieds. En fait, la plupart des employés du château Čachtice préféraient de loin vivre dans le déni de peur de découvrir que l’étage qui s’étalait sous leurs pieds ne recelait rien de moins que les portes de l’enfer. Paix à l’âme des pauvres victimes qui y étaient traînées au milieu de la nuit par les complices de la comtesse sanglante. Nul ne revenait en un seul morceau de cet endroit maudit… tout le savait. Toutefois, aucun aller et venu ne s’effectuaient lorsque le Baron Nádasdy était de retour du front contre l’Empire Ottoman, la comtesse se tenant visiblement plus tranquille en sa présence. Malgré tout, ce dernier avait remarqué le changement d’attitude chez son épouse, percevant chez elle une aisance toute nouvelle et assurance qui, par moment, pouvait glacer l’échine. Seuls les enfants de l’illustre comtesse semblaient jouir d’une immunité des plus totales, cette dernière étant d’autant plus affectueuse à leur égard, les berçant constamment de son instinct maternel prononcé et de son amour infini. Peu importe qu’ils grandissaient et vieillissaient à vue d’œil, pour elle, ses rejetons resteraient toujours ses très chers petits.

Puis, un jour, alors que tous attendaient dans la terreur et l’impatience le retour de leur cruel Baron, un messager vint toquer aux grandes portes du château du domaine Čachtice. Le majordome ne se fit pas prier pour ouvrir et son visage se décomposa alors qu’il comprit rapidement le but de la présence du coursier où trônait l’insigne de la famille royale hongroise. L’invité demanda un entretien avec la comtesse et on le guida rapidement jusqu’à l’immortelle beauté qui se reposait en toute opulence – en compagnie de ses très chères dames de compagnie et du soldat qui était désormais son garde du corps – dans son salon privé. L’annonce de la mort de son défunt mari sembla d’abord la laisser de marbre, puis, pendant que l’homme dévoilait les détails de cette perte funeste, une larme toute simple roula sur sa joue de porcelaine. Son regard s’embruma et elle détourna son attention, tentant visiblement de rester forte devant cet événement dévastateur. Le messager garda le silence, un instant, et fut rapidement imité par les membres privilégiés du cercle intime de Báthory. Tous n’osèrent piper mot, de peur de manquer de respect pour le deuil naissant de la comtesse. Lentement, l’immortelle leva sa main et vint la poser sur sa poitrine à la hauteur de son cœur, son corps gracile étant secoué de sanglots silencieux.

Au bout d’un moment, le coursier reprit la parole, prétextant que d’ici les prochains jours, la dépouille du défunt Baron serait rapatriée au domaine Čachtice afin de lui offrir une sépulture décente sur la terre de ses ancêtres. Après de longues minutes interminables de discussions concernant le rapatriement du cadavre, le messager lui offrit enfin ses plus sincères sympathies, puis se releva avant de quitter le salon, escorté par le majordome. La porte de bois finement travaillé se referma sur un silence lourd de sens. Les dames de compagnie retenaient leur souffle dans leur corset trop serré et le garde du corps s’était naturellement raidi, comme s’ils craignaient tous une explosion de véhémence et de colère de la part de l’illustre comtesse. Lentement et doucement, les sanglots se muèrent en ricanement. D’abord aussi doux qu’un souffle, les rires gagnèrent rapidement en intensité et l’atmosphère devint soudainement de plus en plus lugubre. Erzébet s’esclaffait maintenant à gorge déployée, puis tourna son regard aux lueurs infernales en direction de ses compagnes qui ne savaient plus où se mettre. Sans plus attendre, Báthory se releva, puis marcha en direction de la grande fenêtre qui donnait sur le jardin somptueux de la richissime résidence.

- Enfin! Souffla-t-elle, plus pour elle-même que pour ses suivants. Cet idiot n’a eu que ce qu’il méritait. J’ai tant rêvé de ce moment que j’ai du mal à croire qu’il s’agit de la réalité! Puis, elle tourna rapidement la tête vers ses privilégiés, faisant virevolter ses magnifiques bouclettes blondes. Son regard céruléen pétillait d’une satisfaction et d’une excitation tout à fait inappropriée compte tenu des circonstances actuelles, mais elle n’en avait cure. Vous ne comprenez pas, mes chéris. Avec ce bon à rien de mari croupissant dans les flammes de l’enfer, nous avons maintenant le champ libre pour agir à notre guise. Je veux que ça se produise ce soir. Préparez-vous mes mignons! Trouvez-moi trois autres jolies damoiselles pour compléter notre plan et je vous en remercierai du fond du cœur, croyez-moi. Nous allons célébrer sa mort et remercierons le Seigneur de nous avoir débarrassés de lui. Ah ah ah! Quelle ironie! Louanger le tout puissant pour une supposée atrocité!

Un silence malaisant trônait dans la pièce, mais Erzébet n’en avait cure. Elle était enfin libérée de la poigne tyrannique de son époux et allait très certainement festoyer en l’honneur de l’ennemi qui avait réussi à l’abattre cet homme fourbe et répugnant qui lui avait servi de mari pendant beaucoup trop de temps.
Murphy
avatar
PCLK : Non
Date d'inscription : 06/01/2014
http://deadend.forumactif.org
Revenir en haut Aller en bas
Dim 24 Juin 2018, 10:39
Histoire
Des sanglots résonnaient dans la pièce teintée d’une aura monstrueusement sombre. Trois jeunes femmes aux traits juvéniles se tenaient, côte à côte, se serrant les unes aux autres et craignant le sort fatidique qui leur était réservé. Le garde du corps était campé debout, derrière elles, les menaçant de la pointe de son épée alors que son expression stoïque fixait le mur à l’opposé de cette immense pièce lugubre. Au centre trônait une immense cavité semblable à un bain tout droit sorti des histoires typiques de la Rome Antique. Toutefois, contrairement aux thermes romains, la baignoire n’était pas remplie d’une eau agréablement chaude et apaisante… non non. Du sang – effroyable essence vitale à toute vie – s’y trouvait… en quantité incroyable et inimaginable.

Ce dont la foule populaire ne se doutait guère, c’était que l’obsession d’Erzébet pour la beauté et la jeunesse éternelle avait atteint des proportions hors de l’entendement. Certes, elle était maintenant une comtesse éternelle, mais malgré tout, elle cultivait une frayeur insoupçonnée pour la laideur et une passion démesurée pour la somptuosité du corps féminin. Oh certes, elle appréciait énormément la force et la carrure d’un physique virilement masculin, mais les courbes féminines éveillaient en elle une fascination plus que débordante. Ainsi, elle en était venue à croire que le sang de ses jeunes victimes était la clé pour conserver un teint sublime et une peau ferme lui donnant des allures de jeune damoiselle. Elle avait donc commencé son horrifiante quête, créant sa propre fontaine de magnificence en récoltant – telle la sève d’un arbre – l’essence vermeille de ses délectables proies. Oh certes, elle avait dû y ajouter un peu d’eau pour éviter que le tout ne coagule trop, mais selon ses calculs (dont la logique n’appartenait qu’à elle), il ne lui manquait que trois jouvencelles pour compléter son bain régénérateur.

Ainsi, les voilà donc! Ses trois pièces manquantes. Dans un déhanchement presque suave, la comtesse longea la baignoire en fixant les trois adolescentes de son regard inquisiteur et calculateur. Ses pieds nus progressaient sur la pierre froide du plancher et Erzébet n’était vêtu que d’une simple robe blanche et vaporeuse retenue uniquement par une délicate cordelette à la hauteur de sa nuque. Comprenaient-elles toute l’ironie de cette tenue immaculée rappelant presque la pureté d’une pucelle? Báthory en avait presque souri. Tout au fond de la pièce, installées près d’une sorte de trône d’obsidienne se trouvait ses trois dames de compagnie, fixant la scène de leur regard perçant et n’affichant aucune gêne face à leur nudité flagrante. Leur maîtresse adulait la beauté du corps féminin, alors l’arborer ouvertement ne leur posait aucun problème.

Une fois à la hauteur des jouvencelles, la comtesse sanglante esquissa un sourire qui se voulait rassurant. Sans un mot, elle glissa lentement sa main sous le menton de l’une des jeunes femmes et lui fit lever la tête afin de pouvoir observer ses traits juvéniles. Erzébet approcha son visage du sien et vint quérir un baiser sur ses lèvres délicieusement vierges, ne se faisant pas prier pour y glisser sa langue dans un geste de douce provocation. La pauvre enfant n’opposa aucune résistance, se contentant de sangloter alors que son innocence commençait déjà à tarir. Au bout d’un moment, la noble femme rompit le contact, puis se recula, un sourire satisfait trônant sur ses lèvres qu’elle léchait sans la moindre retenue. Elle observa ensuite les deux autres, puis leva une main pour claquer des doigts. Le bruit sec se répercuta dans toute la pièce et ses trois dames de compagnie se mirent à glousser tout en se levant. Sans plus de préambule, elles accoururent en direction des trois jouvencelles qui crièrent de stupéfaction, déchirant leurs vêtements en lambeaux afin d’exhiber leur corps parfait à la maîtresse des lieux.

Comme Báthory était ravie de voir ça! Elle tâta donc la marchandise, histoire de s’assurer de leur fraîcheur, et tritura de ses doigts des endroits normalement interdits par la décence et le bon goût, avant de faire signe à son garde du corps de s’occuper de la première damoiselle. Dans un mutisme flagrant, l’homme agrippa la première jeune femme qui se débattait comme une tigresse, puis l’emmena près du bain sanglant. Il empoigna la pauvre adolescente par les cheveux, la força à s’incliner vers l’avant, puis lui ouvrir la gorge de part en part, déversant son flot sanguin dans l’immense baignoire de pierres. Les cris d’effroi des deux autres proies résonnèrent dans la pièce et Erzébet s’en délecta, préférant retourner s’asseoir sur son trône d’obsidienne pour se satisfaire de cette scène délicieusement horrifiante qui se déroulait devant elle. Au bout d’un moment, l’homme déposa le corps encore chaud et secoué de soubresauts de sa première victime au sol, la tête pendant vers la baignoire dans le but de la laisser saigner comme un cochon qu’on venait d’abattre, puis s’affaira à la suite de sa besogne.

Dès que les trois jouvencelles furent égorgées et laissées pour mortes, Báthory se releva dans un mouvement suave, puis marcha vers la baignoire, un sourire follement victorieux au visage. Enfin!! Elle allait pouvoir profiter de sa fontaine de magnificence comme elle en avait si longtemps rêvé! Ses dames de compagnie s’agenouillèrent, tête inclinée vers le sol et laissèrent passer leur maîtresse devant elle. La comtesse détacha la fine cordelette trônant sur sa nuque et laissa glisser le doux textile le long de ses formes bien définies, assumant sa nudité la plus totale comme un cadeau divin. Lentement, elle glissa un pied dans le liquide rouge et poisseux, puis se laissa doucement submerger, appréciant l’odeur ferreuse qui lui montait au nez et la texture soyeuse de l’hémoglobine sur sa peau nue.

À peine avait-elle entamé son grotesque bain que des coups impromptus résonnèrent à la porte du donjon. Tous se figèrent, visiblement surpris qu’un individu inconnu ait l’audace de venir jusqu’ici pour briser la quiétude de leur somptueuse comtesse. Toutefois, la bonne humeur de Báthory était telle, qu’elle ne se laissa pas démonter par ce dérangement soudain. D’un simplement mouvement de tête, elle indiqua à son garde du corps d’aller ouvrir, quitte à ce qu’il assassine le serviteur qui avait eu l’absence d’esprit de s’immiscer dans un moment si crucial. L’homme s’exécuta, ouvrant l’immense porte de fer forgé qui émit un grincement typique. Une voix chevrotante se fit entendre, annonçant que Monsieur Seth Dagon requérait une audience auprès de la comtesse, prétextant sans vergogne qu’il ne tolérerait aucun refus de sa part. Une lueur pétillante naquit au fond de ses prunelles saphir. Il tombait à point! Elle fit alors signe à son garde du corps de le laisser entrer, puis ordonna à lui et ses dames de compagnie, de les laisser seuls, tous les deux. Bien sûr, ils hésitèrent longtemps, mais furent bien obligés d’obtempérer devant la mine courroucée de leur maîtresse.

Elle observa le bellâtre depuis son bain couleur vermeille. Le regard intense et électrisant de son bel Apollon semblait sonder son âme (si âme elle possédait toujours), faisant naître en elle une onde de chaleur fort délectable. Étrangement, la vision qu’offrait cette scène horrifiante ne semblait pas le rebuter le moins du monde. En fait, son expression ponctué d’un très léger sourire assuré laissait la flagrante impression qu’il n’était pas du tout surpris d’assister à ce genre de scène lugubre. Doucement, elle glissa tout son corps sous le liquide ensanglanté pour n’émerger qu’une fois à l’autre extrémité du therme aux allures romaines. Dans un mouvement entièrement calculé, elle escalada tranquillement les quelques marches qui lui permettait de sortir de sa fontaine de magnificence, son corps nu entier étant recouvert d’une fine pellicule d’hémoglobine. Ses longs cheveux, d’ordinaire dorés, étaient teintés de rouge et plaqués sur sa tête, laissant malgré tout glisser des coulisses de sang sur sa poitrine bien ferme. Seuls ses yeux couleur saphir, ultimes témoins du peu d’humanité qui lui restait, pouvaient être perçus dans ce spectacle sanguinolent qu’elle exhibait sans la moindre honte.

Elle s’avança vers lui, sans la moindre presse et roulant ses hanches dans un mouvement lascif. Elle ne pouvait le quitter du regard, puisque, comme à chaque fois, tout son être était hypnotisé par la grandeur de cet homme si attrayant. Erzébet ne s’arrêta qu’à quelques centimètres de lui, levant une main pour replacer une mèche noire rebelle derrière l’oreille de Monsieur Dagon, laissant derrière son toucher subtil une infime trace de sang.

- Vous me voyez ravie de vous accueillir dans mon humble demeure, Seth Dagon, susurra-t-elle du bout des lèvres. J’espère que vous vous plairez lors de votre séjour au château de Čachtice…
************

- Après délibérations de la cour, il a été convenu, avec la bénédiction de sa majesté, que Lady Ezrébet Báthory soit vue coupable des chefs d’accusations émis contre elle et ses complices. Ses dames de compagnie devront subir les supplices que verra opportun sa Majesté, puis se verront brûlées vives sur le bûcher pour hérésie et cruelle indécence. Quant au garde du corps de Lady Báthory, nous recommandons une mort par décapitation sur la place publique et sa dépouille sera brûlée afin qu’il ne reste plus aucune trace de lui et de ses abominations sur cette terre.

Le bruit retentissant du maillet de justice se fit entendre par trois fois avant qu’on ne demande à la milice d’emporter les suivants de Báthory qui hurlèrent devant le jugement qui leur fut porté. La comtesse, pour sa part, se contenta de fixer l’horizon, contenant avec peine les tremblements qui menaçaient de la secouer d’une seconde à l’autre. Était-ce la fin? Ses dames de compagnie, fidèles amies, allaient voir leurs doigts graciles arrachés avant de se faire brûler vive pour avoir été d’une complicité sans faille avec elle. Et son loyal garde du corps recevrait la mort par décapitation sur la place publique, histoire de servir d’exemple à la populace générale. Mais… Mais elle était Erzébet Báthory! Une éternelle! Elle avait bu l’élixir de Jouvence, elle ne pouvait donc pas courber l’échine devant la mort qui se présenterait bientôt à sa porte, non?! Elle devait admettre que, pour la première fois depuis longtemps, elle avait peur… Peur du trépas. Peur d’être brûlée vive pour les crimes qu’elle avait commis.

Dix ans que ses jouissantes mascarades duraient. Près de 200 jeunes femmes avaient péris à l’intérieur des murs du château de Čachtice dans d’ignobles conditions et pourtant, la comtesse sanglante n’en retirait pas le moindre remord. Saignées, tortures, orgies… Les crimes s’accumulaient et pourtant, elle ne sentait pas coupable le moins du monde. Elles étaient des victimes nécessaires afin qu’elle puisse continuer ses traitements de beauté éternelle, ne pouvaient-ils pas comprendre?! Enfin… ces derniers temps, elle avait vu ses envies sanglantes diminuées, comme si elle se sentait soudainement « repue » de tous ses bains de sang dont elle avait bénéficié. Était-ce normal? La soif lancinante qu’elle ressentait en permanence ces dernières années s’était considérablement atténuée… Fait étrange qui la poussait à se poser des questions sur son propre état de santé. Enfin… tout ça ne comptait plus vraiment vu la sentence qui lui pendait au bout du nez. Déglutissant avec difficulté, l’immortelle glissa son magnifique regard azuré sur l’assemblée et constata, non sans un hoquet de stupeur, que ses trois enfants y siégeaient, le visage empreint de tristesse et de dégoût. Ses petits… ses chers petits… Comme ils devaient être dévastés d’apprendre les horreurs sans fin commis par leur génitrice! Elle… elle voulait les serrer dans ses bras, une dernières fois. Leur dire qu’elle les aimait plus que tout au monde, plus qu’elle-même. Malgré tout, on se contenta de tirer férocement sur son bras pour la traîner à l’avant, là où tout le monde pourrait la voir.

- Lady Erzébet Báthory, puisque la mort est une sentence beaucoup trop douce pour l’étendue des crimes que vous avez engendrés, nous vous condamnons à l’emprisonnement perpétuel dans une cellule à même le sous-sol de votre résidence. Vous y resterez seule, dans le noir le plus total et méprisée de tous, jusqu’à ce que la mort elle-même ne se lasse de vous voir croupir. Que Dieu ait pitié de votre âme avant que le diable ne vous emporte.

Elle resta figée sur place. Le maillet de justice heurta à nouveau, par trois fois, la plaquette de bois sur lequel il trônait, scellant sa destinée une bonne fois pour toute. Qu… quoi? Mais… elle était éternelle! La mort ne viendrait jamais la chercher… Elle se verrait donc encoffrer dans un cercueil de pierres pour l’éternité? Oh bon sang… Des larmes roulèrent sur ses joues de porcelaine et un frisson d’épouvante lui traversa l’échine. Quelle terrible issue! Non… non elle ne voulait pas être emmurée éternellement! Elle ne pouvait pas!! Des mains solides lui agrippèrent les bras et l’attirèrent à leur suite afin de la faire circuler sous le regard haineux de la foule populaire. Ce fut plus fort qu’elle, Báthory se mit à hurler, pleurant et suppliant ses bourreaux de faire preuve de clémence en mettant littéralement fin à ses jours. Elle tendit la main vers son fils Pál qui l’ignora superbement. Il était un homme fort et rigide, comme son père. Toute la fortune familiale lui revenait légitimement, et ce, dès maintenant. Il aurait donc une existence bien nantie. Maigre soulagement pour une femme aussi avide de liberté qu’Erzébet.

Dès leur retour au domaine familial, la sentence fut mise à exécution : la comtesse sanglante se fit jeter dans un cachot où trônait un simple lit surmonté de quelques couvertures et sur lesquels reposait une bible. Un petit meuble vide était adossé au mur et une chandelle y siégeait. Finalement, seule une chaudière faisant office de pot de chambre lui permettrait de garder un soupçon de dignité. On la poussa sans ménagement et Lady Báthory s’effondra au sol. La lourde porte métallique se referma derrière elle dans un grincement lugubre, puis le silence le plus total tomba. La jeune femme trembla violemment, réalisant enfin quelle serait sa funeste destinée, puis éclata en sanglots. Comment aurait-elle pu se douter que sa bénédiction posséderait un double tranchant? Elle allait rester cloîtrer dans ce funeste endroit pour l’éternité! Quelle horrible finalité! Enfin… si finalité il y avait! Et voilà qu’elle n’osait plus prier le Seigneur, sachant pertinemment que cette divinité toute puissante lui avait tourné le dos depuis longtemps au vue de toutes les atrocités qu’elle avait commises.

Ce soir là, Báthory pleura, hurla et fracassa la porte métallique de ses poings jusqu’à ce que ses membres saignent et soient aux pris avec des douleurs insupportables.

« Par pitié… »

Le temps était une notion floue. Lente et rapide à la fois. En fait, elle n’en avait plus aucun repaire. Une servante lui emmenait chaque jour un bol de sang prélevé on ne sait où, cette dernière ayant compris ce qu’elle était réellement et songeant au fait qu’elle devait se nourrir pour croupir plus longtemps dans son trou poisseux. En plus, elle avait même l’amabilité de lui emmener un peu d’eau croupie et du pain rassis ou trop sec pour être agréablement consommé. Trop gentil de sa part... Erzébet était blasée, passait le plus claire de son temps couchée sur son lit à fixer le plafond ou à allumer sa chandelle afin de lire pour une énième fois la bible qu’on lui avait laissé. Parfois, des crises de panique la prenaient encore d’assaut et elle hurlait pendant des heures. Des gardes venaient se prostrer devant sa porte et prenaient un malin plaisir à rire de sa condition et à l’insulter. Ces mortels n’étaient que des larves! Des insectes qu’elle avait envie d’écraser sous sa botte. Oh, elle avait bien usé de ses charmes pour essayer de les inciter à ouvrir la porte. Elle avait d’ailleurs failli y arriver par deux fois! Mais visiblement, ils étaient soient trop stupides pour comprendre, soit pas assez pour tomber dans le panneau. Elle les maudissait, tous autant qu’ils étaient! Qu’ils aillent croupir en enfer et brûlent pour l’éternité!! Et elle… et elle… elle passerait son éternité, loin de tous… à la noirceur… Est-ce que mourir d’ennui était possible?

Des bruits résonnaient dans le couloir. Des cris et des gargouillements. Erzébet était étendue sur son lit, sur le côté, ses longs cheveux blonds sales tombant sur son visage émacié. Ses yeux azurés papillonnèrent alors qu’elle comprenait que quelqu’un approchait. De l’autre côté de la porte de métal le garde qui la surveillait poussa des cris de stupeur. Des bruits de combat fusèrent, puis un silence de plomb tomba. Lentement, Báthory se redressa, la curiosité prenant soudainement la place de sa lassitude perpétuelle. Un grincement se fit entendre, signe que quelqu’un se chargeait de la porte. Le cœur d’Erzébet s’arrêta lors que la lourde paroi de métal s’ouvrit sur… Seth. Il… Il était venu? Comment? Pourquoi?

Elle le dévisagea quelques instants, puis porta une main à son cœur. Son… son bel Apollon! Était-il réellement là? Ou… Ou était-ce le fruit de son imagination, d’une quelconque sorcellerie? Des larmes roulèrent sur ses joues diaphanes et la comtesse se releva, tremblante. Lentement, elle s’approcha de Dagon, tendant une main teintée de saleté vers son beau visage parfait. Elle toucha sa peau délicieusement chaude et dorée, puis la retira, comme si on l’avait brûlée. Il… il était là, réellement! Erzébet ramena ses doigts contre sa propre bouche, puis craqua. Un puissant sanglot jaillit de ses lèvres et elle sentit ses jambes défaillirent. Comme elle se sentait faible, soudainement! Si petite chose sans le moindre pouvoir! Elle détestait ça. Un bras fut tendu en sa direction, lui entourant la taille pour la soutenir. Il… il avait raison, ils devaient se dépêcher et partir d’ici! Seth était venu avec d’autres immortels, d’autres gens ayant survécu à l’élixir de Jouvence. Des cris à l’étage témoignèrent bien du chaos que causaient ses sadiques comparses et, étrangement, cette situation la rassura grandement. Les deux amants s’élancèrent dans le couloir lugubre, contournant les corps gisants et ensanglantés des soldats assassinés.

Dans quelques minutes, elle serait libre. Dans quelques minutes, elle serait loin d’ici. Elle… Elle allait renier cette existence. Elle devait disparaître pendant un moment, se faire oublier par les mortels. Elle changerait de vie, changerait de nom.

Lady Erzébet Báthory, comtesse du domaine Čachtice, était morte ce soir-là. Dorénavant, on la connaîtrait sous une autre appellation : Velvet Strauss.

************

Les années s’écoulèrent à la vitesse d’une étoile filante. Pourtant, malgré les époques, Erzébet – maintenant nommée Velvet – restait immuable : belle, féroce, déterminée. Se frayer un chemin dans ce monde dirigé par une poigne typiquement masculine ne fut pas une mince affaire. Toutefois, elle pouvait toujours compter sur son charme ravageur et son intelligence aiguisée pour faire valoir ses propos. Avec Seth à ses côtés, elle avait cette impression incroyable d’être invincible, intouchable. Son bel amant réchauffait régulièrement ses draps glacés la nuit et se faisait un point d’honneur à lui faire perdre la tête lorsqu’il en avait l’occasion. Et il y arrivait avec tant d’aisance que ça en était effarant! C’est d’ailleurs après l’une de leur rencontre torride que Velvet eut une idée qui, bien qu’elle n’en fût pas consciente jusqu’à présent, allait changer sa vie à jamais. Alors qu’elle s’était rendue au Lupanar pour gérer de la paperasse inévitablement inintéressante, un marginal avait cru bon essayer de lui faire la peau, probablement dans le but de se venger du gouvernement en place et de la dépouiller de ses biens (qui, avouons-le valaient leur pesant d’or, puisque Strauss appréciait les textiles de hautes valeurs). Oh, elle aurait pu lui faire mordre la poussière par elle-même, ses compagnons Confesseurs s’étant fait un point d’honneur à lui apprendre à se battre durant toutes ces années, mais un Cerbère qui se trouvait non loin avait eu la galanterie de réagir à sa place… en échange d’un traitement de faveur de l’une de ses plus belles catins. Un éclat de chevalerie soudain qui fut grandement récompensée, il fallait le préciser…

Ainsi, il lui paraissait soudainement évident qu’un besoin était à combler, à ses côtés. Un garde du corps, un gentil chien-chien qui accepterait de travailler pour elle et qui lui serait loyal, était soudainement très envisageable. Du mouvement se fit sentir sur sa gauche, sous la couette. Seth quittait, comme ça lui arrivait souvent de le faire après leurs ébats. Oh, elle ne lui en voulait pas, ils ne se devaient absolument rien. Bien qu’il lui arrivait par moment d’espérer qu’il puisse la réchauffer jusqu’aux petites heures du matin… Lentement, la beauté se retourna sur le dos, la couverture descendu jusqu'à sa taille et exhibant sa poitrine sans la moindre pudeur. L’homme était assit sur le rebord du lit, dos à elle, et jeta un regard interrogateur par-dessus son épaule, en sa direction. Strauss esquissa un léger sourire, tendit sa main et caressa son dos musclé d’un mouvement lent, teinté d’une petite pointe de regret. Aujourd’hui était l’un de ses jours où elle aurait aimé compter davantage pour lui. Mais elle devait se résigner, pas vrai? Il la questionna, se demandant visiblement ce qui pouvait se tramer dans sa tête. Ah ah ah! Il la connaissait trop bien. Velvet roula sur le ventre pour se rapprocher de Seth, puis posa quelques baisers sur sa taille, se délectant de son odeur musquée.

- J’ai eu un contretemps, aujourd’hui, près du Lupanar, commença-t-elle d’une voix douce. Un type a voulu me dépouiller de mes biens et me faire la peau. Oh, ne te fais aucun soucis, mon mignon, ce n’était rien que je ne pouvais pas surmonter. Mais j’en suis venue à me demander s’il ne serait pas plus judicieux de me procurer un protecteur. Un employé qui veillerait sur mes arrières et qui pourrait travailler avec moi en permanence. J’aimerais quelqu’un qui me serait à cent pour cent loyal, tu comprends? Malléable, influençable, histoire qu’il ne mette pas son nez là où on ne veut pas qu’il soit… Tu y verrais un inconvénient? Il vivrait surement avec moi, pour plus de sécurité…

Évidemment qu’il ne s’y opposerait pas. Elle était une Confesseur. Bénéficier d’un peu de protection était même légitime. Elle esquissa un nouveau sourire, puis son bel Apollon se leva, agrippant ses fringues au passage. Ne pouvait-il pas rester un peu plus longtemps? Ce soir, exceptionnellement? Elle n’osa pas lui poser la question, de peur que cette simple interrogation ne vienne trahir une forme d’affection de sa part. Elle ne pouvait se permettre de s’amouracher de qui que ce soit, elle devait rester forte, implacable! Pour elle, pour sa réputation et pour les Carmillas qu’elle entretenait en douce, mais dont elle était officieusement la chef. Revenant à ses pensées précédentes, elle se roula à nouveau sur le dos dans ses couvertures soyeuses, puis fixa le plafond. La voix de Dagon résonna, lui suggérant de jeter un coup d’œil du côté de BioHazard. Bien souvent, lorsque des cobayes ressortaient vivants de leurs projets, ils devenaient ce que les scientifiques appelaient des « purgeurs » et dès lors, acquéraient un instinct de survie incroyable en plus d’une certaines expérience pour le meurtre (enfin… pour ceux qui survivaient, assurément). La plupart donneraient leur vie pour simplement sortir de cet endroit immonde, alors trouver un spécimen qui serait prêt à lui vouer son existence entière sans la moindre hésitation ne devrait pas être des plus difficiles. Ce n’était pas énorme comme sacrifice en comparaison d’une mort certaine dans les laboratoires de BioHazard, non? Enfin… elle voyait plutôt cela comme une chance inouïe et privilégiée pour un cobaye de pouvoir la côtoyer sur de longues périodes. Imbue d’elle-même? Juste un peu.

Mouais… Elle ne détestait pas cette idée… Plus elle y pensait, plus elle l’appréciait en fait.

Des bruits de pas s’éloignaient d’elle. La voix chaude et suave de Seth se fit entendre, résonnant dans toute la pièce. Ouais… Ils se verraient demain, à la mairie. Velvet se contenta de lever la main et d’esquisser un bref mouvement d’au revoir avec son poignet, sans jeter le moindre regard à son délicieux amant, puis laissa tomber mollement son bras sur son lit, au-dessus de sa tête. Son idée était faite : elle irait dès demain s’informer auprès des scientifiques de BioHazard afin de se choisir un petit chien… Enfin… un garde du corps, plutôt! Lentement, elle se redressa dans son lit, laissant le drap soyeux glisser sur son corps parfait et permettant au silence englobant de sa chambre vide de lui rappeler cruellement sa propre solitude. Peut-être que son nouveau jouet pourrait l’aider à combler le vide qu’elle ressentait en elle depuis un certains temps? Elle pourrait le prendre jeune et le modeler selon ses envies… Il fallait dire également qu’elle ressentait sporadiquement un néant immense depuis une éternité… depuis la mort de ses trois petits (plus précisément), que le temps avait naturellement emporté dans son sillon inéluctable. C’était l’un des désavantages de l’élixir de Jouvence : voir les seules personnes qui avaient réellement comptées pour elle mourir de vieillesse, usées par la vie.

Elle tendit la main vers son téléphone portable et pianota un numéro. Elle n’avait plus envie de rester seule ce soir. La nostalgie la prenait d’assaut, elle voulait de la compagnie. Peu importe qu’il soit 2 heures du matin! Elle voulait une présence, maintenant! Faute de pouvoir se délecter de la douce proximité de Seth qui lui donnait cette impression toute particulière de se sentir unique, elle irait donc profiter de la chaleur d’une autre personne.

- Kimiko. Chez moi, maintenant. J’ai soif. Ne me fais pas attendre, tu pourrais bien le regretter, sinon. Dit-elle d’une voix implacable à l’un de ses nombreux calices.

Toute cette nostalgie lui donnait la gorge sèche et il était hors de questions qu’elle accepte un refus de la part de la jeune femme aux origines japonaises.

************

Elle marchait lentement dans la salle d’observation, les talons de ses escarpins Louboutin teintant sur le sol de linoléum immaculé. Son regard était calculateur, analytique. De l’autre côté de cet immense miroir teinté se trouvait une salle où circulaient des cobayes qui, visiblement, ne se doutaient absolument pas de sa présence. Ces créatures étaient réellement fascinantes! Elle venait d’assister à une bagarre sanglante pour un simple pudding au chocolat pendant que d’autres, plutôt tranquilles, se contentaient de discuter, installés à une immense table blanche, à l’écart du raffut, comme si rien ne s’était produit. Une drôle d’ambiance y régnait. Un fin mélange d’hystérie et de placidité plutôt déplacé.

Ses doigts graciles ouvrirent une chemise de dossier qu’on lui avait remise un peu plus tôt avec le descriptif d’un cobaye du nom de Jimmy Carter. Une petite photo y avait été ajoutée et les yeux azurés de la magnifique Confesseur parcoururent le descriptif de l’individu. Combien de candidats lui avait-on désignés? Trop pour qu’elle se rappelle le nom de chacun. Ils étaient soit trop fous ou trop intenses… ou tout simplement trop hideux. Les gens ne savaient-ils donc pas à quel point elle dédaignait la laideur?! La simple idée qu’on puisse lui associer un type d’une telle disgrâce était presque une injure directement destinée à sa personne. Tsss… Quelques claques derrière la tête se perdaient visiblement dans cette marre de pseudos scientifiques sans le moindre discernement!

Un soupir d’exaspération se glissa entre ses lèvres parfaitement teintées de couleur vermeille. Lady Strauss replaça derrière son oreille une mèche blonde et bouclée qui pendait de son élégant chignon, un air ennuyé au visage. Tous ces candidats étaient d’un ennui et d’une exaspération démesurée! Laissant place à son irritation princière, elle jeta le dossier sur la table située à sa gauche, puis porta sa main sur sa hanche, là où trônait le fin textile d’une jupe cigarette d’un noir ébène ornée de quelques boutons dorés à l’avant. Son regard insatisfait se posa sur la femme qui se trouvait à sa droite et qui, visiblement, cherchait d’autres candidats à présenter à son illustre visiteuse. Dr Mitchel n’était rien d’autres qu’une totale déception, jusqu’à présent. Elle prétendait connaître ses patients et pouvoir l’aider, mais tout ce qu’elle lui avait montré jusqu’à présent était des individus sans le moindre intérêt. Si elle ne pouvait pas remplir son foutu mandat, elle n’avait qu’à le dire! Comme ça, ça lui éviterait de perdre son foutu temps! Quoi que… le temps était une notion plutôt vague et insaisissable en soi… Et importait peu, normalement, aux yeux de Strauss qui avait l’éternité devant elle.

Le malaise de Dr Mitchel commençait à se faire ressentir devant le regard intense que lui jetait sa terrible cliente. Il fallait dire que cette dernière commençait à la visualiser d’une façon toute autre : elle évaluait silencieusement la qualité de son sang, puisqu’elle ne semblait servir à rien d’autres qu’à nourrir les Saigneurs! Au bout d’un moment, Velvet détacha ses prunelles céruléennes de la scientifique, puis les ramena sur la vitre teintée qui la dissimulait à la vue des cobayes. Tous des rats de laboratoires sans le moindre intérêt. Qu’ils aillent au diable! Tous autant qu’ils étaient! Elle finirait bien par trouver sa petite perle rare! Il suffisait d’être patiente, même si elle ne possédait que très peu cette vertu mal définie à ses yeux. L’immortelle s’apprêta à jeter l’éponge quand son attention fut portée vers un coin un peu éloigné de la pièce.

C’est à ce moment précis qu’elle le vit, à part des autres, fixant un point devant lui, comme si les querelles l’entourant lui importait autant que la cuillère qui trônait sur la table devant lui. Allez savoir pourquoi, elle fut attirée par cet homme distant et un peu effacé. Non seulement avait-il une gueule qui ne piquait pas trop les yeux, mais son calme plat et sa discrétion étaient plutôt appréciables. Malgré son impassibilité, une force étrange émanait de lui. Enfin… c’était simplement un pressentiment qu’elle percevait à son égard. On appelait ça de « l’instinct féminin », selon certain. À partir de ce moment précis, elle sut que cette créature effacée serait la prochaine source de son obsession. Velvet fit quelques pas vers la vitre teintée, puis referma ses bras sur sa poitrine généreuse, un air songeur au visage.

- L’homme aux cheveux noirs, à l’écart des autres, sur la gauche. Comment s’appelle-t-il? Demanda-t-elle un air calculateur au visage. Dr Mitchel lui jeta un regard surpris, ne s’attendant visiblement pas qu’elle jette son intérêt sur un cobaye aussi peu stable que celui-là. Kz-1-569-S? Vous possédez un drôle de sens de l’humour, Dr Mitchel. Je me fous éperdument des pseudonymes que vous donnez à vos rats de laboratoire. Je veux son nom. Pas son matricule. Cette remarque déballée d’un ton cinglant sembla prendre la scientifique par surprise qui bafouilla le prénom du cobaye désigné par la Confesseur. Adrian, hein? Intéressant… Parlez-moi de lui. Je veux tout savoir.

La femme s’éloigna de la vitre d’une démarche assurée, puis vint s’installer en position assise sur la table, jusqu’à côté du dossier délaissé de Jimmy Carter. Elle croisa élégamment sa jambe et planta son regard inquisiteur sur la scientifique qui se mordait maintenant la lèvre inférieure. Qui y avait-il? Devait-elle répéter cet ordre qui, il lui semblait bien, était d’une clarté limpide? La scientifique aux courts cheveux blonds poussa un soupir, replaça la monture de sa lunette sur son visage et détala l’historique de Kz-1-569-S. Le gamin avait été emmené d’un orphelinat dans les laboratoires de BioHazard à l’âge de 8 ans afin de servir comme cobaye clé de plusieurs projets, dont, entres autres : Gaya, Dreyma et Genesis. Une description sommaire lui fut faite de chacune des expérimentations afin qu’elle puisse se faire une idée éclairée de qui était le fameux « Adrian ». Le jeune homme était un purgeur hors-pair, endurci, et faisait preuve d’une violence effroyable… lorsqu’il n’était pas plongé dans une léthargie purement malaisante comme c’était le cas en ce moment. Selon la Dr Mitchel, Adrian possédait la faculté de faire voir à une cible donnée des illusions si saisissantes que sa victime en perdait bien souvent tous repaires avec la réalité, avec son propre sens atteint.

Même si le regard de Velvet ne démontrait qu’une impassibilité presque déstabilisante, elle dut bien s’admettre à elle-même qu’un frisson lui parcourait maintenant l’échine au fil des propos de la scientifique. La voix du Dr Mitchel trahissait une émotion frôlant la compassion lorsqu’elle parlait d’Adrian. Oh… elle n’aimait pas les expérimentations que ce dernier subissait à l’intérieur des murs de BioHazard? Elle était empathique à sa situation et n’était en rien indifférente à son sort… Pourquoi? L’immortelle se garda bien de poser la question, préférant garder ses interrogations personnelles pour elle-même. Dans un mouvement fluide, Strauss se releva, puis marcha d’un pas lent vers Avianne qui s’était maintenant retournée vers elle. Sans plus de préambule, la visiteuse demanda à la scientifique de lui emmener le dossier de Kz-1-569-S afin qu’elle puisse en faire la lecture. Une ombre passa sur le visage du Dr Mitchel qui ne se fit pas prier de déclarer à son interlocutrice que le dossier d’Adrian était impossible à divulguer. Sans plus attendre, elle alla même jusqu’à prétendre que ce dernier n’était pas un candidat approprié pour les desseins que lui réservaient la Confesseur. Pardon? Prétendait-elle sérieusement savoir ce qui était bon pour elle ou pas? Un sourire naquit sur les lèvres de Strauss, à la fois amusé et carnassier. Comme elle n’aimait pas se faire sous-estimer! S’approchant de la scientifique, la Saigneur ne s’arrêta qu’une fois devant elle, puis leva une main pour glisser ses doigts sur la mâchoire effilée de Mitchel. Usant de son charme indéniable, Erzébet laissa son toucher s’aventurer sur la gorge de son interlocutrice qui, visiblement, était honteuse de se sentir soudainement séduite par la puissante aura que dégageait l’éternelle beauté. Doucement, Báthory approcha son visage du sien, puis effleura son oreille sans la moindre hésitation.

- Je me fou de vos beaux principes, Dr Mitchel, susurra-t-elle d’une voix suave. Je veux ce dossier et je l’aurai, avec ou sans votre consentement. Et si vous osiez vous opposer à moi de nouveau, je peux vous assurer que vous en subiriez de lourdes conséquences. Ou devrais-je demander à Monsieur le Maire de s’en mêler? Un sourire se dessina sur ses lèvres écarlates et elle ne put s’empêcher de mordiller au passage le lobe d’Avianne qui frissonna. Velvet se recula, puis planta son regard céruléen dans les iris verdoyants de la scientifique. Allons, Dr Mitchel. Je ne veux pas faire de mal à votre protégé. Au contraire, je veux le soustraire aux affres des expérimentations de BioHazard. Vous, plus que quiconque, devriez comprendre ça, pas vrai? Velvet leva une main et la glissa dans le décolleté de son propre chemisier blanc pour en sortir d’un mouvement fluide une clé USB qu’elle tendit à la scientifique. Pour le bien d’Adrian, vous m’emmènerez une copie de son dossier afin que je puisse le consulter. Et si je venais à considérer sa candidature comme acceptable, vous m’aiderez à le sortir d’ici… Même s’il faut défier les avis de vos comparses de science. M’avez-vous bien compris? Vous serez grassement récompensée pour votre précieuse collaboration.

Un mélange de crainte et de curiosité se dessinait dans le regard d’Avianne Mitchel qui mit un moment avant de se saisir de la clé USB. Un sourire plus franc se dessina alors au visage de porcelaine de Velvet qui se détourna pour revenir auprès de la vitre teintée dans le but d’observer Adrian qui fixait un point imprécis devant lui. Qui se cachait réellement sous cette créature de laboratoire? Il était si effrayant et mystérieux à la fois! Il ferait le parfait garde du corps, si elle arrivait à le mettre à sa main. Un air analytique au visage, l’immortelle glissa son pouce sur sa lèvre inférieure, se réjouissant à l’idée d’en savoir plus sur Kz-1-569-S que ce que les apparences voulaient bien le démontrer.

Murphy
avatar
PCLK : Non
Date d'inscription : 06/01/2014
http://deadend.forumactif.org
Revenir en haut Aller en bas
Dim 24 Juin 2018, 10:43
Histoire
Le vent frais nocturne d’octobre soufflait dans ses longs cheveux bouclés qu’elle avait gardés détachés pour l’occasion. Un groupe de cinq hommes étaient avec elle, ayant pour mandat d’assurer sa protection le temps que sa première rencontre avec Adrian ne se déroule. Douce ironie : avoir besoin de protecteurs contre son futur garde du corps. Tout ça prenait des allures grotesques de blagues de mauvais goût. Instinctivement, Velvet resserra les pans de son manteau de suède noir, attendant que le Dr Mitchel remplisse adéquatement ses engagements. Certes, elle pouvait comprendre que ses comparses scientifiques pouvaient s’opposer farouchement à leur plan mutuel, mais une fois sortie de BioHazard pour se retrouver à ses côtés, Strauss s’assurerait d’offrir l’immunité à son nouveau petit jouet.

Où étaient-ils? Velvet tourna la tête vers l’homme qui se trouvait à sa droite et sans qu’elle n’ait à dire quoi que ce soit, ce dernier consulta sa montre, déclarant que la scientifique avait maintenant 10 minutes de retard. Elle aurait bien dû se douter que Mitchel serait décevante jusqu’au bout. Avait-elle déjà dit que la patience ne faisait pas partie de ses qualités? Strauss poussa un soupir ennuyé en vint à se demander si elle devait attendre plus longtemps. Quelle insatisfaction! Après la lecture du dossier d’Adrian, elle était plus décidée que jamais à en faire son chien-chien. Non seulement serait-il d’une efficacité à toute épreuve, mais il serait en plus libéré de l’emprise horrible qu’exerçait les scientifiques sur son existence entière. Évidemment, l’immortelle veillait à ses propres intérêts avant tout, mais où était le mal si ces derniers rejoignaient ceux de Kz?

Une porte s’ouvrit depuis l’arrière du bâtiment, situé quelques mètres devant Strauss. Dr Mitchel arriva enfin, tirant le sujet principal de l’obsession de Velvet par la main. La Confesseur n’avait d’yeux que pour l’homme qui, visiblement, semblait couvrir un malaise, une expression enfantine sur le visage. Aussi rapidement qu’il était sorti, il voulu tourner les talons pour revenir à l’intérieur du bâtiment, mais Avianne prit la décision de le retenir, lui murmurant des paroles bienfaisantes pour tenter de le rassurer. Il devait avoir peur, loin de tout ce qu’il avait connu. Velvet pouvait le comprendre, elle avait ressenti une sorte de vertige, également, le jour où Seth était venu la chercher dans son donjon pour lui offrir une nouvelle vie sur un plateau d’argent. En quelque sorte, ils se comprenaient un peu, bien qu’à moindre échelle dans son cas à elle.

Voyant que la scientifique avait du mal à contenir l’angoisse grandissante du cobaye, les hommes qui accompagnaient Strauss prirent une initiative qui ne fut visiblement pas des plus appréciées. Ils marchèrent d’un pas décidé vers le jeune homme qui, évidemment, eut une réaction plutôt violente. Dr Mitchel tendait les mains vers les gorilles espérant leur faire comprendre que d’approcher simultanément son patient était une très mauvaise idée. Adrian explosa à cette vision qui devait être des plus intimidantes! Il sauta sur le premier homme, le frappant avec une violence inouïe en pleine tête au point où sa victime s’écroula au sol sous l’impact impressionnant. Il était penché sur l’homme de main et le frappait et frappait comme s’il était l’ennemi numéro un à abattre. Les autres portèrent rapidement une main à leur ceinture et agrippèrent dans un synchronisme effarant leur matraque électrifiée dans le but de faire regretter à ce petit impertinent son manque flagrant de civisme.

- ARRÊTEZ! Tonna Strauss qui s’interposa rapidement. Ne croyez-vous pas que vos décharges le rendront encore plus récalcitrant?! Arrêtez de jouer aux brutes épaisses et servez-vous du granulome qui vous sert de cerveau!! Utilisez les fléchettes tranquillisantes, espèces d’abrutis! Le premier qui électrocutera ce pauvre garçon regrettera amèrement le jour où il sera venu au monde! Rugit-elle, complètement furieuse face à leur manque flagrant de discernement.

Les regards courroucés qu’on lui jeta ne la gêna pas le moins du monde. Enfin, l’un d’entre eux fit preuve d’un minimum de bon sens et tira deux fléchettes directement sur le cobaye qui ne mit que très peu de temps à s’écrouler au sol. Il fallait dire que les doses utilisées étaient terriblement forte! Velvet ne se fit pas prier pour accourir en direction de son nouveau cabot, puis s’agenouilla près de lui, glissant chacune de ses mains diaphanes parfaitement manucurées de chaque côté du visage de Kz. Il n’était pas totalement inconscient, mais visiblement, ce n’était qu’une question de temps avant que le sédatif ne trouve définitivement son chemin. Leur regard se croisa pour la première fois et Velvet se contenta de sourire, caressant du bout des doigts la peau du visage de son futur garde du corps. Au bout d’un instant, Adrian tourna de l’œil et l’éternelle beauté en profita pour se redressa dans un mouvement fluide. Elle fit signe aux abrutis qui l’accompagnait de s’en emparer et tourna son regard vers Dr Mitchel.

- J’en prendrai bien soin, je peux vous en assurer, Avianne. Je m’assurerai également, dans les prochaines heures, de lui faire retirer cette affreuse puce électrisante afin d’éviter que vos comparses n’aient la brillante idée de le tuer à distance. Merci de votre précieuse aide. Je vous ferai également parvenir quelques nouvelles de lui dans le futur, vous pouvez compter sur moi. Maintenant, filez, avant qu’on ne découvre votre implication dans cette affaire.

La scientifique jeta un regard larmoyant en direction d’Adrian, se demandant visiblement si elle avait bien agi, puis se détourna au même rythme que Velvet. Strauss marcha derrière ses hommes, ses hanches ondulant naturellement au rythme de sa démarche assurée. La première étape était de mener Adrian à un médecin qu’elle avait préalablement payé à outrance afin de lui faire retirer la puce qui le menaçait telle une épée de Damoclès. Ensuite, elle l’emmènerait en lieu sûr afin de faire plus amples connaissances…

Toutefois, Velvet ne se doutait en rien que le Dr Avianne Mitchel serait à jamais dans l’impossibilité de recevoir la moindre nouvelle, tel que souhaité. Ses comparses de BioHazard, après avoir pris connaissance de la situation, s’étaient chargés de s’occuper de son cas, la donnant en pâture aux infâmes purgeurs et diverses anomalies afin de lui faire payer sa trahison…

************

Elle était assise dans le salon de sa luxueuse demeure, sa longue chevelure coulant sur ses épaules telle une somptueuse rivière dorée. Elle était vêtue d’une simple nuisette recouverte d’un peignoir satiné d’un noir d’encre. Ses longues jambes à la peau claire étaient étendues devant elle, ses pieds nus reposant sur la table basse du salon. Son regard vague était porté vers l’immense baie vitrée qui surplombait la ville alors qu’une coupe de vin rouge trônait dans sa main droite. Elle semblait lasse, fatiguée, exténuée même. Aujourd’hui était une journée funeste qu’elle aurait tant espéré oublier, au fil de son existence intemporelle. Plus de trois cents ans plus tôt, à cette même date, son fils cadet, Pál, trouvait la mort à la suite d’une virulente tuberculose. Bien que la mort fût une éventualité fatidique pour qui n’avait pas goûté à l’élixir de Jouvence, il n’en restait pas moins une véritable torture pour une mère immortelle comme elle. Chaque année, au jour du décès de chacun de ses enfants, Velvet ressentait une vague de tristesse la prendre d’assaut. Certains trouvaient cette situation totalement ridicule, mais pour sa part… c’était simplement une façon comme une autre de se rappeler qu’ils avaient existé, jadis.

L’appartement richissime était plombé dans une obscurité et un silence atypique. Elle n’avait pas envie de côtoyer des gens où de s’amuser. Elle ressentait simplement ce besoin pressant de solitude, installée dans la pénombre à cuver son vin de bonne qualité. Une fois la bouteille terminée, elle irait se glisser sous ses draps froids et attendrait que Morphée ne viennent la bercer dans ses bras sereins jusqu’au lendemain. Doucement, Strauss leva sa main droite et resserra les pans de son peignoir, un frisson la parcourant de la tête aux pieds. Elle porta lentement sa coupe à ses lèvres, quand un bruit métallique se fit entendre. Une clé se glissait dans la serrure et quelqu’un entra, refermant la porte derrière lui. Elle ne tourna même pas son magnifique regard azuré pour voir qui était ce nouvel arrivant. Elle n’en avait pas besoin, elle savait d’instinct l’identité de ce mystérieux individu. Des bruits de pas se firent entendre, laissant rapidement place au silence. Immanquable et inlassable silence. Adrian la fixait depuis le couloir, se demandant visiblement ce qu’elle faisait.

Lentement, elle tourna sa tête en sa direction et les deux comparses s’observèrent un instant. Elle n’avait pas besoin de converser, de laisser échapper le moindre son. Il la comprenait, instinctivement, comme s’il arrivait à lire le fil de ses pensées comme les pages d’un livre ouvert. Jamais elle n’aurait cru pouvoir établir une connexion aussi intense avec lui. Pas même le jour où elle avait jeté son dévolu sur sa piètre existence. Adrian était le parfait garde du corps et le compagnon de vie par excellence. Il était fidèle, loyal et agissait uniquement dans le but de la rendre fière de lui. Même son propre fils n’avait jamais agi de la sorte envers elle. Peut-être ses yeux trahissaient-ils toute la tristesse de son âme? Ou alors Adrian faisait preuve – encore une fois – d’une sensibilité à toute épreuve à son égard? Le fait est qu’il s’avança en sa direction dans un silence quasi absolu pour finalement s’installer sur le divan à ses côtés. Doucement, il se laissa choir sur le côté et vint appuyer sa tête aux cheveux d’ébènes sur les cuisses de sa maîtresse qui eut la gorge nouée par ce simple mouvement de sollicitude. Il savait qu’elle avait la mort dans l’âme. Il n’avait aucunement besoin de prononcer la moindre parole pour lui faire comprendre son empathie : un simple geste, aussi fugace fut-il, était amplement suffisant.

Sans la moindre hésitation, Velvet glissa ses doigts dans l’épaisse chevelure de son garde du corps, caressant gentiment sa tête d’un geste infiniment affectueux. Elle ne pouvait plus s’imaginer sa vie sans Adrian, sans sa présence rassurante et son air enfantin qui, somme toute, prenait de la maturité avec le temps. Strauss baissa son regard céruléen sur son compagnon de vie et constata qu’il la fixait de ses yeux vairons et disparates. Son cœur se serra instantanément, comprenant silencieusement qu’il la soutiendrait jusqu’au bout du monde, s’il le fallait. Il serait son pilier, son phare pour l’éternité à venir. Comment pouvait-il être aussi solide malgré l’étendue des horreurs qu’il avait vécues? Elle n’en pouvait plus! Erzébet retira ses doigts graciles de la chevelure de son compagnon et porta sa main à bouche étouffant difficilement un sanglot qui la secoua de la tête aux pieds. D’un mouvement tremblant, elle vida sa coupe en une rasade et voulut se resservir à même la bouteille quand une main douce et chaude se posa sur son poignet pour arrêter son geste. Adrian s’était redressé et s’était rapproché d’elle.

Il lui demanda silencieusement de relâcher sa bouteille de vin et l’incita à déposer sa coupe sur la table basse. Telle une enfant ayant besoin de réconfort, l’immortelle se laissa faire avec une docilité surprenante. Les bras forts d’Adrian l’entourèrent et le cobaye serra sa maîtresse contre son cœur, à la grande stupéfaction de cette dernière. Velvet éclata en sanglots, cachant son beau visage de porcelaine au creux du cou de son garde du corps et serrant le t-shirt de ce dernier dans ses doigts crispés. Elle se laissa complètement aller contre lui, pleurant la perte de ses tendres petits et évacuant toute la solitude qu’elle avait cruellement ressentie pendant si longtemps.

Sans trop s’en rendre compte, Velvet huma la peau du cou de son compagnon, appréciant l’odeur qui en émanait. Peut-être était-ce les puissantes émotions qu’elle ressentait ou le rapprochement considérable qu’elle venait d’établir avec Adrian, mais le besoin de le mordre la taraudait. Ce contact si intime n’était normalement réservé (dans son cas) qu’au cercle intime de ses calices, entièrement composé de magnifiques jeunes femmes qui avaient su l’éblouir de leur extraordinaire beauté. Mais avec son garde du corps, c’était différent. Outre sa belle gueule naturelle, il savait la toucher au plus profond d’elle-même comme personne n’avait pu le faire avant. Elle perdait la tête et tenta de le repousser. Puis, voyant qu’il ne la laissait pas aller, Strauss ne put se contenir plus longtemps : ses crocs s’allongèrent et se fichèrent dans la peau tendre de sa jugulaire. Si Adrian ressentit la moindre douleur, il ne le laissa aucunement paraître. Son précieux sang teintait la bouche de sa maîtresse qui laissa son corps se repaître de cette délicieuse essence vitale et qui lui soutirait un frisson d’extase le long de son échine. Son garde du corps resta en place, docile et désireux de lui faire plaisir comme jamais.

Au bout d’un moment, Velvet se sentit complètement repue et lécha, dans un mouvement suave, l’hémoglobine qui s’échappait toujours de la blessure d’Adrian. Par la suite, elle se recula, glissa ses mains de chaque côté du visage de son chien-chien adoré et planta son regard dans le sien.

- Comprends-tu toute l’étendue de ce qui vient de se produire, Adrian? Demanda-t-elle d’une voix douce et un peu cassée par son émotion. Tu es maintenant mon calice. Tu m’appartiens et à personne d’autre. Promets-moi que me tu resteras fidèle et que tu seras toujours à mes côtés. S’il-te-plaît…

Et il promit, le plus sincèrement du monde. Velvet le serra si fortement contre son cœur qu’elle crut qu’ils ne feraient qu’un. Cette nuit-là, elle ne fut pas seule. Oh il n’y avait pas la moindre tension sexuelle entre eux, il fallait le préciser. Simplement un amour profond et réciproque. Adrian vint réchauffer ses draps, uniquement dans le but de rester à ses côtés, tel le compagnon fidèle qu’il avait toujours été…

************

- Vous devez partir, Lady Strauss! Cria son assistante qui faisait également partie de son cercle de calices. Vos intentions ont été percées à jour et Monsieur Dagon a mobilisé tous les gardes de la mairie pour qu’ils vous capturent! Je n’ose pas imaginer ce qu’ils feront de vous s’ils venaient à mettre la main sur vous!

Un regard implorant au visage, Shana – son assistante – accourut vers sa maîtresse qui s’était prestement levée de son siège. Velvet laissa toute sa paperasse choir sur la surface de son bureau, puis contourna son meuble pour se précipiter vers sa penderie où se trouvait une sortie dissimulée qu’elle pouvait utiliser en cas d’urgence. Comment avait-il pu savoir?! Elle avait bénéficié de la confiance de ses pairs, avait usé de toute sa subtilité, de sa finesse et de son charme pour se rapprocher de chacun des Confesseurs siégeant à la mairie. Tous lui avaient voué allégeance contre Seth Dagon au titre d’adjointe du maire, Monsieur Quincy Mac Culloch (qu’elle pouvait contrôler à sa guise et qu’elle comptait bien remplacer un jour), et au titre de chef de la secte des Saigneurs! Elle, Velvet Strauss, anciennement l’illustre comtesse Erzébet Báthory, était destinée à bien plus que le statut d’une simple conseillère de Dagon et Mac Culloch! Elle convoitait le poste de Seth, puis grimperait jusqu’à la tête de Manchester et plus loin encore! Elle SAVAIT qu’elle pourrait faire un meilleur boulot que lui, qu’elle pourrait lui rafler ce titre qu’elle convoitait depuis maintenant un peu plus d’un an. Elle valait mieux que son titre non-officiel de « catin de Seth »! Il n’avait jamais même daigné lui accorder plus d’intérêt que lorsqu’il la culbutait, au chaud sous les couvertures! Elle était née comtesse! Pas prostituée qu’on pouvait recaler dans un coin en claquement de doigts! C’était fini cette période où elle se pâmait pour ses beaux yeux de tombeurs! Et maintenant, qui avait osé la trahir?! Qui avait osé dévoiler ses intentions à son amant divin?! Peu importe, elle retrouverait ce traître et lui ferait payer son immonde affront!

- Qu’on aille quérir Adrian! Cria-t-elle aux autres employés fidèles qui l’avaient rapidement rejoint dans son bureau. Dites-lui de me rejoindre dans le troisième couloir de l’aile C sur le champ! Nous partons! Shana, contacte le Lupanar. Dis à Kimiko d’entraîner les Carmillas vers le métro. Seth s’en prendra à notre quartier général dès qu’il en aura l’occasion. Que tout le monde s’active! Pas de discussion!

Ils n’avaient pas une seule minute à perdre! Les talons de ses escarpins parfaitement laqués claquèrent sur le plancher de bois franc pendant qu’elle s’engageait vers la penderie. Elle referma ses mains sur les poignées des portes accordéons qui la séparaient de la voie de secours, puis ouvrit l’accès. Dès lors, des coups furent frappés à la porte principale de son bureau, des voix masculines lui ordonnant de se rendre sans le moindre grabuge. Velvet jeta un regard à ses sous-fifres, puis s’engagea dans le chemin secret et mal éclairé qui la mènerait directement dans l’un des couloirs de l’aile C. Ses fidèles s’engouffrèrent à sa suite, puis refermèrent l’accès secret derrière eux. Le cœur de Strauss battait la chamade, mais malgré la peur, elle se força à conserver un air impassible, imitant à merveille les plus belles statues de marbre de la Grèce Antique. Elle était angoissée et pendant un instant, un souvenir de son emprisonnement (à la suite de son procès) la submergea. Elle avait une drôle d’impression de déjà-vu! Mais cette fois… Dagon ne viendrait pas la sauver… Pas maintenant qu’il savait qu’elle convoitait son siège au gouvernement.

Arrivée au bout du couloir mal éclairé, Velvet glissa sa main sur un bouton de pression situé sur sa droite et appuya sur ce dernier. Sans le moindre préambule, le mur situé devant elle coulissa, libérant la voie sur un couloir d’un blanc immaculé. Ce dernier menait au stationnement interne de la mairie. Il lui suffisait d’atteindre l’escalier, situé dans un couloir adjacent, de s’engouffrer dans le souterrain et d’y trouver le dernier passage d’urgence qui y était dissimulé pour finalement recouvrer sa liberté. Elle devait faire vite avant que la garde n’en vienne à sécuriser les accès au stationnement! D’un pas pressant, Velvet s’élança dans le couloir au plancher luisant, puis tourna le coin en direction de la cage d’escalier. Quel ne fut pas son soulagement le plus total que d’y voir son précieux Adrian qui l’y attendait, le visage rongé d’une inquiétude qui lui était assurément destinée! Dès qu’il posa son regard sur elle, le jeune homme accourut en sa direction et elle le serra prestement contre son cœur.

- Dieu soit loué, tu es là! Fit-elle en prenant le visage d’Adrian entre ses mains. Ne t’en fais pas, j’ai plus d’un tour dans ma manche, mon chou. Partons! Je t’expliquerai la suite de mon plan lorsque nous aurons atteint les égouts!

Velvet avait tout prévu, tout préparé! Après tout, la méfiance était de mise dans un univers comme le leur… Prenant la main de son garde du corps dans la sienne, l’immortelle beauté s’élança dans le couloir et dévala l’escalier qui s’étalait devant elle, ses suivants sur les talons. Une fois tout en bas, elle poussa l’immense porte métallique qui émit un grincement sinistre, puis s’engagea dans le stationnement sous-terrain avec une destination bien précise en tête. Le groupe de futurs dissidents coururent entre deux colonnes de ciment, puis s’engagea dans une aire ouverte. Ils y étaient presque! L’entrée du chemin secret était à quelques mètres! Bientôt, ils pourraient disparaître dans les méandres de la ville et seraient tous en sécurité…

Enfin, c’est ce qu’ils croyaient, jusqu’à ce qu’une voix beugle le nom de la Saigneur à plein poumons.

D’instinct, Velvet jeta un regard par-dessus son épaule et vit une poignée de gardes fidèles à Seth qui la tenaient dans la mire de leurs flingues. Tout se passa si vite! Le temps qu’elle n’expire qu’une simple inspiration, Adrian se jetait déjà sur eux avec toute la fougue de son ancien statut de purgeur. Il criait de haine et de colère, brisant le bras d’un premier homme et enfonçant le crâne d’un deuxième. Malgré la pluie de coups qu’il reçut, le jeune homme sortit vainqueur de cette altercation. Sans plus attendre, Strauss agrippa son bras et le tira à sa suite, mais d’autres voix se firent entendre, signe que d’autres gardes seraient bientôt à leur hauteur. Son regard croisa celui de son tendre Adrian et elle comprit immédiatement ce qui se tramait dans sa tête de linotte : il comptait rester derrière pour les retenir, lui permettant ainsi de fuir. Non… Non, il était complètement idiot! Il était hors de question qu’elle ne l’abandonne! Il lui avait promis! Promis de rester avec elle pour toujours!

- Ne fais pas l’imbécile, Adrian! Tu viens avec moi! C’est un ordre!! Il refusait d’obtempérer, mais Velvet ne pouvait ne résoudre à le laisser derrière, plantant ses ongles dans le textile de son pull. Pour toute réponse, le jeune homme lui frappa le visage de son poing, la déstabilisant sous l’impact insoupçonné.

Sous la force du coup, Erzébet relâcha sa poigne et tituba vers l’arrière. Elle fut rapidement rattrapée par Shana qui jetait un regard estomaqué à son compagnon calice qui, par le passé, n’aurait jamais même esquissé le moindre mouvement contre sa maîtresse. Les yeux larmoyants, Velvet porta instinctivement une main à son propre visage et observa une dernière fois les traits de son garde du corps. Il… Il souriait. Malgré l’urgence de la situation et le destin funeste qui l’attendait s’il se faisait prendre… Il ressentait toujours ce besoin insurmontable de la rassurer. Les soldats approchaient et bientôt, les employés de l’immortelle durent la tirer vers l’arrière, en direction du passage secret. Elle devait quitter cet endroit immédiatement ou ils étaient tous foutus!

- ADRIAN!!!! Hurla-t-elle à plein poumons lorsqu’elle vit les armes se braquer sur lui. NON!! Viens avec nous!! Elle pleurait à chaudes larmes et se débattait comme une diablesse, levant une main en direction de son précieux protégé. Je vais revenir te chercher!! Je te le promets!!

On l’engouffra dans le passage sombre et la cloison se referma derrière elle. Seuls les échos de ses cris de désespoir pouvaient se faire entendre à présent, résonnant sur les murs comme autant de lamentations sans fin.

************

Elle était assise, à l’abri d’un immense mur de béton, à la hauteur de l’une des sorties des égouts de la ville. Ses vêtements d’ordinaires si beaux et si élégants étaient maintenant souillés par la poussière et la saleté environnante. Devant elle se trouvait un énorme baril métallique dans lequel un feu avait été allumé grâce à un galon de gaz qu’elle et ses Carmillas avaient trouvé. Ça faisait près de deux semaines maintenant que l’incident à la mairie s’était produit. Velvet avait été inconsolable, refusant de manger et de dormir pendant un bon moment. Adrian avait été capturé par sa faute… Qui sait ce qu’il était en train de subir en ce moment-même? Ou alors la mort avait été suffisamment clémente pour venir le chercher… Voilà une finalité beaucoup plus douce que l’idée même de se retrouver entre les griffes des scientifiques pervertis de BioHazard. Son regard azuré observait les flammes qui dansaient dans le contenant de métal et elle resserra le manteau que lui avait laissé l’un de ses prostitués pour la réchauffer. Ses Carmillas… ils étaient inquiets pour elle, elle le savait. Elle avait… simplement besoin de temps. Pour se relever, pour reprendre des forces comme elle l’avait si souvent fait par le passé. Non… Non ce n’était pas la fin d’Erzébet Báthory! Rien ni personne ne pouvait en venir à bout!

Les Carmillas se serraient les uns aux autres, cherchant un peu de chaleur et de réconfort auprès de leurs pairs. Certains étaient partis en quête de travail, d’autres tentaient de rassembler de la nourriture pour nourrir le gang. Pour le moment, ils étaient une dizaine, recroquevillés autour du baril enflammé. Un bras entoura les épaules de Velvet et cette dernière tourna son visage aux traits de porcelaines en direction de Kimiko qui esquissa un pauvre sourire en sa direction. Pour la première fois depuis un bon moment, Strauss étira à son tour la commissure de ses lèvres. Elle leva une main tendre qu’elle vint déposer sur la joue de son calice, puis approcha son visage du sien, posant un simple baiser sur ses lèvres si tentantes. Okay… Okay, elle devait se ressaisir. Ses Carmillas avaient besoin d’elle.

La Confesseur se recula de la jeune femme asiatique, glissa un pouce sur le menton de cette dernière, puis se redressa sous les regards remplis d’espoir des membres de son gang. Elle devait écarter Adrian de sa pensée pendant un moment. De toute façon, si elle projetait de le récupérer, il fallait d’abord qu’elle refasse son cercle d’influence, qu’elle retrouve sa puissance et ses alliés. Velvet passa une main dans sa tignasse blonde, ramenant ses mèches rebelles derrière son oreille, puis pivota tranquillement sur elle-même pour regarder chaque membre présent de son gang, l’un après l’autre.

- Cette période de latence a assez duré, dit-elle enfin, notant les regards de soulagement que ses prostitués lui lançaient. Nous avons énormément perdu ces derniers temps, je le conçois. D’abord le Lupanar, puis certains de nos frères et sœurs… puis Adrian et la puissance de mon influence. Sachez, mes chers petits, que je ne compte plus rester là, les bras croisés. Je récupérerai notre bar et redorerai notre blason. Je vous le promets. Nous sommes les Carmillas! Nous possédons une influence que peu soupçonne. Nous sommes la luxure, le plaisir à son état le plus pur. Il est temps que nous rappelions à ce monde ce qu’il rate lorsqu’il nous écarte de la sorte. Des murmures d’approbation s’élevèrent et des sourires furent échangés. Certes, la perte d’Adrian était affreusement douloureuse, maintenant plus que jamais. Mais elle ne pouvait pas se laisser dépérir, malgré tout. Faites-moi confiance mes petits. La première étape : récupérer le contrôle du Lupanar. Ce sera notre objectif premier. Nous nous y remettrons dès demain, qu’en pensez vous?

Des exclamations de joie montèrent à ses oreilles et Velvet ne put s’empêcher de sourire. Elle ne possédait plus de siège doré à la mairie, mais elle n’en restait pas moins vivante et pleine de ressources. Tant qu’elle respirerait, elle se battrait, bec et ongles s’il le fallait. Tel le phénix, elle allait renaître de ses cendres et faire regretter à ses adversaires d’avoir croisé sa route!

À peine eut-elle le temps de prononcer ses propos qu’un bruit métallique retentit de nulle part. Comme un métronome tintant, il se fit entendre dans un rythme régulier, mais de plus en plus fort, signe que l’instigateur de cette mascarade se rapprochait de plus en plus. Qu’était-ce donc? Un pied-de-biche qu’on frappait sur des tuyaux pour attirer l’attention? Quelques Carmillas armés se relevèrent d’un bond, chargeant leurs armes qu’ils braquèrent en direction de l’endroit où provenait le bruit. Kimiko tendit un shotgun à Velvet qui ne se fit pas prier pour le diriger vers l’imbécile qui osait les approcher sans s’annoncer. Une silhouette se dessina lentement à l’horizon… puis une deuxième et une troisième. Alors que la Saigneur avait d’abord cru à un petit groupe d’impudents, quelle ne fut pas sa surprise que de voir un clan entier apparaître sous ses yeux, tels des chats de ruelle que personnes n’avaient vu venir. Ils étaient… si nombreux.

Instinctivement, les Camillas se resserrèrent, l’angoisse reliée à cette rencontre impromptue tordant leurs boyaux bien malgré eux. Même si certains savaient se défendre, ils étaient avant tout des prostitués! La plupart d’entre eux n’avaient jamais même tenu une véritable arme entre leurs mains! Les sourcils froncés, Velvet se fraya un chemin parmi ses fils et ses filles afin de se poster à l’avant de son groupuscule pendant que les nouveaux venus se déployaient pour les encercler comme des rats. Un homme se détacha du lot, grand, bâti, ses cheveux blonds-châtains aux tempes grisonnantes étant ramenés vers l’arrière en une queue de cheval écourtée, mais tout de même présente. Ça, c’était un solide gaillard! Il était impressionnant, elle devait bien l’admettre! Les mains les poches, un sourire léger au visage, il sembla se demander ce qu’il allait faire de ce petit groupe qui n’avait rien de guerriers redoutables.

- Lady Strauss, murmura Kimiko à son oreille. Vous ne l’avez probablement jamais rencontré par le passé, mais il s’agit de Shin Kirasaki, du clan Batsura. Peut-être serait-il judicieux de votre part de baisser votre arme?

Shin Kirasaki? Ce caïd dont plusieurs parlait? Les sourcils froncés, Velvet baissa son shotgun, puis s’avança de quelques pas, ondulant des hanches dans sa démarche. Naturellement, le regard impénétrable de Kirasaki se porta sur elle, visiblement curieux de voir qui était cette femme qui venait à sa rencontre. Strauss comptait sur ce charme animal dont elle se savait capable pour l’aider à amadouer ce caïd de qui elle ne connaissait rien d’autres que la réputation. Si toutefois elle remarqua cette note d’envie qui trônait dans les yeux des comparses de Kirasaki, elle fut toutefois un peu surprise de ne percevoir que de l’interrogation émanant du solide gaillard. Hmmm… peut-être lui fallait-il plus qu’un simple joli minois pour faire naître en lui ne serait-ce qu’une pointe d’intérêt? Enfin, elle se savait doté d’un charme incroyable, mais ce dernier n’était pas à tout épreuve non plus. Voilà qui était un peu ennuyant, malgré tout.

- Monsieur Kirasaki, commença-t-elle de sa voix suave et chaleureuse. C’est un honneur de pouvoir vous rencontrer en personne. Je me nomme Vel… Ah? À voir la façon dont il prononça son nom – lui coupant la parole par le fait même – l’immortelle comprit que sa réputation l’avait donc précédé. Je vois que vous connaissez déjà mon identité. Ainsi, permettez-moi d’aller droit au but : que me vaut l’honneur de votre visite dans ce coin perdu de Manchester?

Ah? Ils se trouvaient aux limites de la décharge? Évidemment, le chef des Batsura ne se fit pas prier pour lui faire cette remarque. Le fait est que Velvet ne s’était que très peu baladée dans les quartiers défavorisés et malfamés du dôme… de sorte qu’elle en avait encore beaucoup à apprendre sur les différents clans et leurs influences. L’air un peu vexé qu’arborait Strauss sembla amuser énormément le grand gaillard, ce qui contribua à détendre un peu l’atmosphère. Ainsi, il suggéra un simple pourparler à la Saigneur qui haussa les sourcils, un peu surprise. Ah bon? Et bien… Elle était naturellement douée pour les négociations, alors soit! La magnifique blonde esquissa alors un sourire satisfait, puis invita le chef des Batsura à sa suite afin de s’installer, face à face, près du baril enflammé qui, somme toute, contribuerait à la garder au chaud, elle qui était plutôt frileuse.

Dans un mouvement fluide et élégant, Lady Strauss s’installa sur immense morceau de béton fracassé et croisa finement sa jambe, se penchant légèrement vers l’avant pour offrir toute son attention – ainsi que toute la profondeur de son décolleté – à Monsieur Kirasaki. Les discussions s’entamèrent alors, mélangeant flirts et pourparlers dans un fin discours provenant des deux parties. Ainsi, il leur offrait la protection de son clan contre les services totalement gratuits des meilleurs Carmillas? C’était quoi cet homme? Un parrain de la mafia sicilienne? Pourtant, il n’avait rien du look typique de Don Vito Corleone! M’enfin, Velvet garda son commentaire pour elle-même, se contentant d’esquisser son sourire le plus charmeur. Après tout, si elle était une véritable tigresse en affaire, elle ne possédait toutefois pas les connaissances de la rue nécessaires pour étendre sa toile convenablement sans la moindre aide. En ce sens, une alliance avec la Batsura pouvait s’avérer nécessaire, d’autant plus qu’ils pouvaient faire de superbes protecteurs pour ses enfants chéris. Au bout d’un moment, Strauss accepta enfin la proposition à une seule et unique condition : Shin devait l’aider à récupérer son bar et à établir son influence. Pour ça, il lui suffisait de l’assister lorsque des gueules devaient être fracassées et lui fournir des effectifs lorsque nécessaire. En échange, lui et ses hommes pourraient se servir comme bon leur semblait au sein des Carmillas, leurs choix allant être traités en priorités sur le reste de la clientèle.

Un sourire trônait sur les lèvres de Kirasaki alors que Strauss tendait la main pour sceller leur pacte. Au bout d’un moment, il tendit la sienne et les deux nouveaux alliés se serrèrent la pince. Étrangement, malgré ces longues discussions et ces flirts à demi-dissimulés, Velvet sentait que son interlocuteur n’était pas totalement séduit, comme l’aurait été n’importe quel autre type. Qu’est-ce qu’il clochait chez lui? Ou peut-être était-ce elle le problème? Le fait est qu’elle ne croisait que très peu d’hommes capables de lui résister de la sorte. Ou… Ah… Non, elle comprenait maintenant. Elle avait probablement quelques attributs en trop, à son humble avis? Loin d’elle l’idée de confirmer la chose auprès de lui! Elle avait maintenant ce qu’elle voulait et n’en demanderait pas davantage!

Dès lors, les Carmillas et les Batsura furent alliés, respectant à la lettre l’entente qui fut scellée entre eux. Le Lupanar fut récupéré et Velvet se contenta d’y mettre Kimiko, sa précieuse petite calice, à sa tête afin qu’elle fasse figure de patronne « officielle » et « légale ». Toutefois, officieusement, tout le monde savait que c’était elle qui tirait réellement les ficelles sans que la jeune Japonaise n’y voie le moindre inconvénient. L’influence de Strauss s’étendit comme une traînée de poudre et, bien qu’elle ne pourrait jamais récupérer sa puissance d’antan, elle gagna en force et en pouvoir à travers les bas-fonds de Manchester.

Une chose était toutefois certaine : bientôt, elle récupérerait Adrian. Bientôt, elle se vengerait de Seth Dagon et de tous les siens!

Murphy
avatar
PCLK : Non
Date d'inscription : 06/01/2014
http://deadend.forumactif.org
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé
Revenir en haut Aller en bas
Page 1 sur 1

Sauter vers :
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
DEAD end :: Prélude :: Inventaire :: Fiche :: Ouverte-